Pascal Charpentier

La rondelle

« Il faut patiner vers là où la rondelle s’en va, pas vers là où elle était » – Wayne Gretzky

Avec toutes les nouvelles négatives actuelles, on a l’impression que la rondelle ne va nulle part. Ce n’est toutefois pas le cas. Ce qui est difficile, pour la plupart des investisseurs, est de faire la distinction entre les compagnies qui sont en bourse et la bourse elle-même. Pour plusieurs, si la compagnie ne performe pas en bourse, elle est systématiquement associée à une compagnie qui va mal ou qui passe à travers une mauvaise séquence.

Mais la valeur d’une action en bourse ne suit malheureusement pas une trajectoire mathématiquement logique. Je dirais plutôt que la variation des prix d’une action est un phénomène assez abstrait. Par exemple, plusieurs très bonnes compagnies améliorent trimestre après trimestre leurs résultats sans qu’il n’y ait d’impact sur leur valeur en bourse! En contre partie, des compagnies qui produisent des résultats moins bons ou en-deçà des attentes se font punir instantanément. Deux poids deux mesures.  Il y a cependant une multitude de compagnies majeures avec des opérations simples à comprendre qui produisent des résultats facilement mesurables et qui réussissent année après année à atteindre leur cible. Bien que ces résultats soient tangibles, on dirait qu’ils passent complètement inaperçus.  Pourtant, ils sont accessibles au public et sont publiés à tous les trimestres.

Prenons le cas de la compagnie Cisco. La compagnie se transige au même prix qu’en 1997 alors qu’elle fait aujourd’hui  8 fois plus de profit par action. Ajoutez à cela que Cisco a pour 6$ par action d’argent libre de dette dans ses comptes. Puisque la compagnie se transige un peu au-dessus de 16$, vous payez actuellement seulement 10$ pour une compagnie qui produit  1,70$ de profit par action par année. On est à moins de 6 fois les profits pour une compagnie qui domine complètement son domaine! Comment peut-on expliquer une telle amnésie sur ce titre? Une très grande période sans succès en bourse? La peur de l’Europe? Un désintéressement général des marchés financiers? Qui sait? Une chose est sûre, avec des taux d’intérêt aussi bas, la rentabilité excessive actuelle de cette compagnie n’est pas fondée. Et ce qui est vrai pour Cisco l’est tout autant pour toute une série de compagnies de qualité exceptionnelle!

À mon avis, à la lumière de ces éléments fondamentaux exceptionnels, il n’est pas difficile d’anticiper la trajectoire de la rondelle. Il est clair pour moi qu’elle ne restera pas indéfiniment dans la zone neutre. C’est à nous de se positionner .

Pascal Charpentier

Que nous réservent les prochains temps?

Bryan Belski, stratégiste en chef de la Banque de Montréal, est très optimiste pour le futur des marchés. Selon lui, les grandes corporations américaines, qui ont effectué beaucoup de ménage au cours des dernières années, se préparent pour une forte croissance, et cela sur une longue période. Pour utiliser ses mots, « corporate America decided to get their acts straight ». En effet, les corporations américaines ont remboursé leurs dettes, elles ont augmenté leurs dividendes, elles ont racheté leurs actions et elles ont amélioré leurs ratios financiers. Monsieur Belski affirme que ces changements fondamentaux vont les positionner comme les leaders mondiaux de la gestion, ce qui aura comme impact de rendre le marché boursier américain encore plus attrayant.

Le stratégiste en chef de la BMO nous rappelle que les 30 dernières années ont été dominées par un marché obligataire, et particulièrement la dernière décennie, qui fut la meilleure depuis les années 30 pour le marché des obligations comparé au marché des actions. Or l’analyse historique nous démontre que lorsque le marché des actions sous-performe pour plus d’une décennie, cela inaugure une longue séquence où les actions performent davantage que les obligations, et c’est vers là que nous nous dirigeons. Nous serions actuellement dans une période transitoire où le marché répond davantage aux émotions et au momentum à court terme qu’aux fondamentaux des compagnies. Il est vrai que les investisseurs agissent de façon défensive parce qu’ils sont encore sous le choc du dernier cycle baissier.

Comme le souligne Monsieur Belski, le nouveau marché haussier qui se prépare sera moins profitable au marché canadien, surpondéré en compagnies de ressources. En effet, lorsqu’il y a un nouvel élan haussier, cela se fait normalement avec une nouvelle classe d’actifs, et l’on sait que lors du dernier marché haussier, les ressources et les marchés émergeants ont été les grands gagnants. Qui tiendra ce rôle cette fois? D’après Monsieur Belski, le nouveau cycle haussier sera initié par les grandes compagnies de qualité avec une stabilité au niveau de la croissance des bénéfices. Ces critères nous dirigent tout droit vers les grandes capitalisations américaines.

Selon lui, l’élément déclencheur du cycle haussier sera la volonté du gouvernement américain de s’attaquer concrètement à son problème de dettes. Lorsque vous regardez l’économie américaine, vous constatez qu’il y a trois piliers importants : les corporations, les consommateurs et les gouvernements. Deux de ces piliers ont déjà effectué des changements structurels majeurs. Afin que la transition se fasse, Belski croit que le gouvernement américain apportera lui aussi des ajustements concrets dans son mode de gestion des finances publiques, ce qui enclenchera un nouveau cycle boursier haussier à long terme.