Pascal Charpentier

Bilan 2012, approche fondamentale et perspective de reprise

Résultats 2012

Malgré le négativiste et le sentiment de fin du monde financier, on doit admettre que l’année 2012 nous a réservé une belle surprise : les résultats financiers ont été bons! Walmart a finalement pris son envol et Gannett et Transforce, que nous avons au portefeuille depuis quelques années, se sont appréciés respectivement de 35% et 50%. Ces hausses ont permis de produire de bons résultats, grâce l’approche fondamentale avec laquelle je travaille.

Une approche fondamentale

Selon le gestionnaire R.B. Matthews, nos décisions d’investissement seraient fortement influencées par nos préjugés sur une compagnie ou sur la situation économique, qui nous font passer, selon lui, à côté d’opportunités extraordinaires. D’après lui, nos préjugés seraient tellement forts sur certaines compagnies qu’ils rebuteraient des investisseurs chevronnés même si tous les indicateurs fondamentaux nous disent d’investir. Et ce sont souvent justement ces choix qui s’avèrent les plus payants à long terme.

R.B. Matthews prétend par ailleurs qu’une de nos plus grandes tares serait de surestimer notre capacité à prédire le futur. Celle-ci est en général complètement influencée par notre perception du présent. Plusieurs recherches ont démontré que les meilleures prédictions étaient sont celles qui s’appuient sur des faits mesurables et quantifiables plutôt que sur des perceptions humaines. En d’autres mots, les chiffres compilés sont plus efficaces que les bruits qui courent. C’est d’ailleurs le précepte qui oriente ma pratique, par exemple lorsque j’ai décidé de racheter du Gannett et du Transforce en 2009, alors que ces titres n’avaient plus aucun attrait pour les investisseurs, bien qu’ils se transigeaient respectivement à 1 fois et 2 fois les profits par action! Comme de fait, un retournement majeur a suivi de peu, et a continué de produire des bons résultats en 2012.

Il est vrai que les ratios, chiffres et statistiques sont souvent moins palpitants que les histoires ou drames humains mais sont beaucoup plus efficaces pour prendre de bonnes décisions. Dans son article du Globe and Mail du 6 janvier, Matthews donne l’exemple d’une recherche dans le secteur médical qui démontre ce phénomène. Une recherche médicale s’est attardée à évaluer la différence entre les diagnostics donnés par les médecins et ceux donnés par un programme informatique médical. Bien sûr, vous me voyez venir… L’ordinateur a remporté haut la main le test contre les médecins en faisant de meilleurs diagnostics qu’eux. Mais ce qui est le plus surprenant dans cette recherche est son deuxième volet. Cette fois, les docteurs ont eu accès aux résultats produits par l’ordinateur avant de donner leur propre diagnostic, et malgré cela, l’ensemble des médecins ont encore donné des diagnostics qui étaient bien en-deçà des résultats des programmes informatiques. Force est d’admettre que notre sensibilité humaine nous déjoue davantage que nous le pensons.

Sachant cela, comment s’assurer de prendre de bonnes décisions financières? Nous devons nous appuyer sur une méthode qui a fait ses preuves à long terme, telle que l’approche valeur en investissement, en prenant des données simples, mesurables et quantifiables. Ensuite, il s’agit d’être persistant et constant. Selon R.B. Matthews, si un investisseur appliquait froidement cette approche fondamentale solide sur une période de 10 ans sans broncher, il aurait 80% des chances de battre le marché financier, alors que s’il investissait par l’entremise de fonds mutuels, qui sont tenus par leurs corporations de produire des rendements à court terme, il aurait seulement 20% des chances de battre le marché. Chiffres qui ont de quoi faire réfléchir! Du point de vue de ce gestionnaire, plusieurs investisseurs et gestionnaires connaissent très bien les principes d’une approche fondamentale basée sur les profits par action, les ventes par action et la valeur comptable, mais très peu sont capables de garder le cap et de persévérer. Selon lui, ce n’est donc pas la stratégie qui serait en défaut, mais plutôt la capacité des investisseurs à persévérer. Notre constance est influencée par les résultats à court terme. Pour la plupart, si après 2 ans, la méthode n’a pas produit les résultats escomptés, ils abandonnent. Pourtant, ce sont justement les investisseurs patients qui profiteront le plus du tremplin inouï que nous offre la période d’opportunités extraordinaires actuelle.

La reprise économique passera par les banques

Dans la dernière année, plusieurs économistes apeurés par une éventuelle poussée inflationniste ont critiqué la politique monétaire de Bernake, qui a injecté des sommes colossales dans la masse monétaire américaine depuis 2008. Malgré les conséquences fâcheuses inévitables de cette impression de billets, j’en suis venu à la conclusion que cela était tout de même la meilleure alternative. Selon Steve Hanke, professeur en économie à l’Université John Hopkins, l’injection massive de capitaux par la FED n’a pas eu encore d’impact dans l’économie réelle. En fait, tout l’argent est actuellement complètement drainé par les banques commerciales. Comme le dit bien Hanke, « La FED a mis le pied au maximum sur l’accélérateur tandis que les banques commerciales ont mis les deux pieds sur le frein ». En effet, pendant que la FED a triplé sa masse monétaire depuis 2008, les banques américaines ont détruit de l’argent en étant obligées de réduire la quantité de prêts qu’elles octroyaient, surtout depuis les nouvelles règles de capitalisation bancaires de Basel III. Cette entente bancaire a eu lieu en 2010 dans la capitale suisse du même nom, où se situe le siège social de la banque des règlements internationaux c’est-à-dire la banque centrale des banques centrales, institution qui a été crée après la première guerre mondiale pour gérer les paiements des réparations de guerre.

L’injection de capitaux massifs avait donc pour but de sauver d’une certaine manière les banques qui étaient aux prises avec une sous-capitalisation et qui devaient rapidement atteindre les objectifs de Basel III, soit d’avoir entre autre un minimum de 10% d’équité dans leurs bilans en plus de garder un minimum en liquide de 7% sur le total des risques qu’elles prennent, norme qui était à 4% auparavant. Les banques ont eu deux choix : émettre du capital action, ce qui n’est pas très intéressant pour les actionnaires, ou réduire la quantité de prêts qu’elles font. Elles ont opté pour la réduction de prêts. Dans une société qui fonctionne au crédit, cela revient à mettre un frein puissant à l’économie, ce qui explique pourquoi l’économie américaine a été si anémique. Selon Hanke, les chiffres économiques ne changeront pas tant que les banques privées n’auront pas atteint les ratios de capital minimum établis par Basel III. La lecture du dernier bilan financier de Bank of America m’a permis de constater que les ratios d’équité et les ratios de capitaux ont progressé de façon impressionnante au cours des dernières années et il ne doit plus rester beaucoup de trimestres avant que la puissante machine bancaire américaine se remette en marche.