Pascal Charpentier

Un pessimisme récurrent

Les investisseurs ont tourné rapidement leur fusil d’épaule suite à la correction des deux dernières semaines. D’optimistes qu’ils étaient à Noël, ils sont devenus pessimistes. Selon une enquête de l’American Association of Individual Investors, le sentiment d’optimisme serait passé de 55% à 28% en l’espace d’un seul mois. Cela n’est pas étranger au fait que la semaine dernière, aux États-Unis, 22,4 milliards sont sortis des fonds indiciels en actions pour se diriger vers le marché des revenus fixes : un record pour une seule semaine. En général, lorsque l’on atteint un tel niveau de pessimisme, il est avantageux de se positionner dans le sens contraire du troupeau. Ce n’est pas parce que la masse retraite au son des canons que nous devons en faire autant. Selon moi, la crise majeure que nous avons connue a laissé des peurs importantes et ça ne prend pas beaucoup pour les réveiller. En contre partie, ce repli aura eu l’avantage d’enlever un peu de pression sur le marché américain qui s’était apprécié considérablement au cours des derniers mois, ce qui permettra au marché de repartir sur des nouvelles bases.

Si l’on regarde la situation, il reste que dans l’ensemble, l’économie aux États-Unis continue de s’améliorer. Les compagnies ont continué d’abaisser leurs dettes et leurs bénéfices continuent de croître même s’il y a eu quelques petites déceptions à ce chapitre. Ajoutez à cela l’assainissement rapide du bilan des ménages américains qui ont réduit considérablement leurs dettes personnelles au cours des cinq dernières années. Selon Clément Gignac, vice-président principal et économiste en chef d’Industrielle Alliance, tous ces éléments ont pour effet de placer l’économie américaine sur des bases nettement plus solides qu’au cours des cycles précédents de reprise.

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Il ajoute que l’incertitude reliée au retrait des Américains de leur programme d’injection de capitaux (Quantitative easing) a eu pour effet d’augmenter la volatilité dans les marchés. Malgré cela, le marché américain est selon lui mieux positionné que le marché canadien pour les prochains mois. Ce dernier s’appuierait en trop grande partie sur le prix des ressources naturelles et la force des marchés émergeants. Il ne faudrait donc pas se surprendre de voir l’écart entre le Canada et les États-Unis se creuser davantage au niveau de la performance des marchés et des devises.

Une petite statistique intéressante pour ceux qui seraient sceptiques quant aux chances du marché américain de connaître une deuxième bonne année de suite : si l’on examine les meilleures années de rendement des dernières décennies aux États-Unis, elles ont été suivies l’année suivante d’un rendement positif moyen de 13,9%.

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Autre phénomène, comme je l’ai expliqué dans le précédent texte, bien que l’expansion du multiple du cours/bénéfices tire à sa fin, avec les bas taux d’intérêt et d’inflation actuel, nous risquons de naviguer dans un contexte cours/bénéfices plus élevé que dans les dernières années, qui était anormalement bas (voir graphique p38). Cela ne signifie pas de changer notre approche et notre discipline au niveau des bases fondamentales, mais seulement de comprendre que nous nous dirigeons vers un environnement financier avec des multiples plus élevés.