Pascal Charpentier

5 ans après la crise

Nous voilà 5 ans après le creux des marchés de mars 2009.  Je me rappelle très bien de ces moments. Il y avait une telle émotivité et plus rien ne semblait retenir la chute des marchés ! Les paramètres mathématiques étaient rendus complètement obsolètes. Pourtant, plusieurs compagnies continuaient de performer malgré le chaos et la terreur…  rendu en mars 2009 nous avions 1an et demie de mauvais résultats sur lesquels s’appuyer. Il était  donc possible de faire la distinction entre les compagnies qui continuaient d’être profitables et celles qui ne l’étaient plus. Je me rappelle très bien alors d’avoir fait le constat que la compagnie de journaux Gannett (USA Today) se transigeait en bourse en-deçà des profits d’une seule année. Oui, vous avez bien compris : en bas des profits d’une seule année ! Je ne sais pas si je vais revoir cela de si tôt ! Même chose pour la compagnie Transforce qui, elle, se transigeait à seulement 2 fois ses profits. Je me suis alors dit qu’avec de tels ratios de rendements, le potentiel de revirement serait bien au-dessus de la moyenne des marchés. J’ai alors intensifié mes recherches pour dénicher d’autres positions offrant un potentiel de retournement au-dessus de la moyenne afin d’offrir ces opportunités d’investissement à mes clients. Pour que tous puissent suivre ces positions, j’ai construit un portefeuille modèle de 100 000$ en mars 2009. Bien sûr, au fil des mois et des années, j’ai apporté plusieurs modifications à ce portefeuille au fur et à mesure de l’évolution des opportunités. Il est intéressant de constater que ce petit portefeuille a fait en moyenne 2 fois mieux que l’indice Standard & Poor’s qui a monté de 177% depuis ce temps (voir Portefeuille à revirement majeur, attaché en PDF).

Ces chiffres des marchés financiers sont impressionnants, mais malheureusement, selon David Berman, du Globe and Mail très peu d’investisseurs ont pu profiter de cette montée spectaculaire, car la plupart se sont retirés pendant la crise.  En soustrayant la majorité de leurs épargnes  des marchés financiers,  les petits épargnants n’ont pas profité pleinement  des dernières années haussières puisqu’ile étaiet investit davantage en revenu fixe . Selon Berman le dernier marché haussier auraient été le plus détester de l’histoire car plus personnes ne voulait entendre parler d’actions.   Très peu ont été capable de soutenir dans le tumulte leurs politiques de placement.

Après la baisse catastrophique de 2008-2009, je suis convaincu que plusieurs investisseurs n’avaient plus l’estomac pour assumer à nouveau la volatilité et l’instabilité que les années 2010 et 2011 nous ont apportées. Ces années ont eu raison de plusieurs épargnants qui ont laissé tomber leurs plans de retraite à long terme alors qu’ils étaient près de la victoire.

Cette situation me fait penser à la bataille d’Hastings (1066), l’une des plus importantes batailles du Moyen-Âge, dans laquelle nos ancêtres normands ont réussi à vaincre l’armée anglaise. La bataille dure toute la journée et Guillaume Le Conquérant, chef des Normands, est incapable de déloger les armées anglaises du roi Harold Godwinson, qui sont logées en haut de la colline de Caldbec, et qui repoussent, grâce à leur discipline, toutes les charges de la cavalerie normande. Guillaume a trois chevaux qui sont tués sous lui. Arrive alors l’imprévu. Guillaume Le Conquérant, astucieux, feint la défaite et la retraite, ce qui exalte les Anglais qui quittent leur position stratégique en haut de la colline et se précipitent à la poursuite de leurs ennemis afin de les achever, défaisant ainsi leurs rangs. N’étant plus en formation pour recevoir une charge de cavalerie, ils deviennent une proie facile pour les Normands, qui attendent le bon moment pour se retourner et sonner la charge qui  anéantira les anglais. Au cours de cette charge, Harold est tué et les Anglais, désorganisés, fuient dans la plus grande déroute. Pourtant, quelques minutes plus tôt, la victoire leur était pratiquement concédée. Quelques semaines plus tard, à Londres, Guillaume est sacré roi d’Angleterre et sa descendance règne toujours sur le trône d’Angleterre aujourd’hui.

L’analogie est tirée par les cheveux, mais quel aurait été l’impact sur l’histoire si les Anglais avaient gardé leur discipline et leurs rangs à Hastings, alors que Guillaume était presque assuré perdant à la fin de la journée ? Il est presque sûr que ce dernier ne serait jamais devenu roi d’Angleterre. Ce qui a fait la différence dans ce moment charnière de l’histoire de l’Europe est la perte de rigueur des Anglais et leur manque de persévérance dans leur plan de bataille. Ils se sont laissés distraire par leurs émotions, alors qu’ils avaient un plan de bataille gagnant qui allait leur assurer la victoire.

En ce qui a trait aux placements au cours des ces années de désordre, je suis persuadé que ceux qui ont gardé une discipline ferme et n’ont pas changé leur plan ont connu plus de succès que ceux qui ont succombé à leurs émotions. Avec tout ce qu’on a vécu dans les dernières années, il est normal de vivre des émotions. Mais notre devoir est de ramener cela à l’intérieur de mesures empiriques afin de discerner les bonnes actions à prendre. La constance dans mon travail m’a permis de progresser dans un environnement que je ne contrôlais pas mais dans lequel j’ai pu valider une méthodologie financière qui a fait ses preuves pour arriver à plus de stabilité et plus de résultat.