Pascal Charpentier

Suite – L’impact du dollar US

Le dollar US a eu un impact plus qu’extraordinaire dans nos portefeuilles depuis le début de l’année, puisque nous sommes majoritairement investis en titres américains. Par contre, plusieurs d’entre vous m’ont questionné sur l’impact de la hausse du dollar américain sur la rentabilité de nos compagnies américaines. Puisque plusieurs compagnies ont une bonne partie de leur commerce à l’extérieur des États-Unis, la hausse du dollar fait craindre une baisse des profits en devises américaines. D’ailleurs, le marché a accordé beaucoup d’importance à ce phénomène au cours des dernières semaines et il est certes surévalué.

On l’oublie certainement, mais les multinationales ont des équipes financières qui ont pour seule tâche de réduire l’impact des devises dans les échanges commerciaux de leurs compagnies. En moyenne, les activités commerciales des multinationales sont couvertes à au moins 75%. Donc, l’impact de la hausse du dollar américain ne sera certainement pas aussi dévastateur qu’il l’a été véhiculé. Plusieurs compagnies ont fait des mises en garde à cet effet, mais elles se sont surtout servies de ce prétexte pour s’enlever de la pression quant aux attentes de l’année 2015, avec pour but de créer une surprise positive à mesure que les résultats de l’année sortiront. Avec les coûts à la pompe qui ont chuté drastiquement aux États-Unis, cela se répercutera dans la consommation des Américains qui représentent le 2/3 de leur économie. Les probabilités sont donc encore très bonnes pour que cette année confonde l’incrédulité des sceptiques.

 

Pascal Charpentier

Ne suivez pas le troupeau

photo1

Il y a plusieurs années, lors d’un séjour en Suisse, j’ai eu la tâche un matin d’aller chercher sur la crête des Alpes un troupeau d’une centaine de vaches, qui devaient revenir à l’étable pour se faire traire dans l’objectif de fabriquer les 2 immenses gruyères quotidiens de 20 kg chacun. Je me revois monter la montagne à la lueur du jour avec un sentiment d’impuissance devant la tâche inhabituelle qui m’attendait. Comment regrouper un immense troupeau éparpillé sur une distance de plus d’un kilomètre? Après une heure sans nouvelles de ses vaches ni de son Québécois, mon maître fromager est sorti de sa fabrique afin de me donner une leçon que je n’allais jamais oublier. D’un pas convaincu, il est passé à côté de moi et s’est dirigé vers la vache la plus éloignée sur la crête. D’un geste sec, et avec un cri, il a frappé l’arrière train de la ruminante qui s’est alors projetée dans un galop éffréné vers le bas de la montagne. Jamais je n’avais vu la puissance de l’effet de la peur sur un troupeau. Quelques beuglements et bruits de sabots étaient suffisants pour que la frayeur s’empare de toutes les vaches. En un rien de temps, le troupeau prit la direction de l’étable, mu par la peur d’un danger imaginaire.

Lorsque je regarde notre comportement humain, et particulièrement au niveau des finances, je me demande parfois si nous sommes si différents de ce troupeau de bovins. Je crois qu’il est plus difficile qu’il n’en paraît d’aller à contre-courant. Pourtant, c’est un des éléments qui ressort lorsque l’on parle des investisseurs à succès. Ils ont tous développé une mentalité à contre-courant qui leur a permis de tirer partie des titres financiers laissés pour compte et mal-aimés. Ils ont été en mesure de mettre de côté les préjugés populaires du moment afin de se forger une opinion personnelle claire, leur permettant de faire des gains bien au-dessus de la moyenne des investisseurs. Pour y arriver, cela demande d’être confortable avec le sentiment d’isolement, c’est-à-dire d’accepter de ne pas avoir le réconfort d’être avec l’ensemble de la masse.

Cette attitude d’autonomie permet d’investir en marge de ce qui est populaire et procure le bénéfice d’avoir des placements avantageusement asymétriques, c’est-à-dire que le potentiel de hausse est de loin supérieur au potentiel de baisse. Prenons l’exemple de la compagnie Johnson & Johnson. En 2012, elle se transigeait à seulement 12 fois ses bénéfices alors que la moyenne à laquelle elle s’était transigée au cours des 14 dernières années se situait à 19,5 fois. À 12 fois son cours/bénéfice, nous étions à la plus basse moyenne de cours/bénéfice sur le titre des 20 dernières années! Après avoir étudié la compagnie, j’évaluais mathématiquement que le potentiel de baisse était très peu élevé, disons 10% pour les fins de ce calcul, alors que je voyais le potentiel de hausse à minimum 40%, donc au moins 4 fois plus élevé. C’est loin d’être le cas de la majorité des titres. Plusieurs ont autant de potentiel de baisse que de hausse. Ce titre (JNJ) était boudé et délaissé par la masse des investisseurs depuis longtemps. Je l’ai acheté et je l’ai gardé au portefeuille pendant 18 mois avant qu’il ne prenne son envol, puis en l’espace d’une année, il s’est apprécié de 60% ! C’est une trajectoire fréquente sur ce type d’investissement, où la patience est de mise. Comme la plupart des investisseurs perdent patience au bout de 6 mois avec un titre qui ne bouge pas, très peu ont la chance d’en bénéficier.