Pascal Charpentier

Arracher les fleurs de son jardin avant qu’elles n’éclosent

La correction éclair que nous avons vécue en janvier a testé plusieurs investisseurs dans leurs convictions, d’autant plus que l’économie américaine allait pourtant bien et que plusieurs titres valeur étaient déjà en territoire de rabais. Cela n’a pas empêché ces derniers de chuter de façon complètement irrationnelle… pour finalement remonter de façon spectaculaire au cours des dernières semaines. Si le dollar US n’avait pas perdu autant et si rapidement, on pourrait même conclure à un très bon début d’année. Il est difficile pour la majorité des investisseurs de voir qu’une de leurs positions fait du surplace dans leur portefeuille alors que plusieurs titres sur les marchés explosent. On dira ce que l’on voudra, mais nous avons très peu de patience à l’aire du désir instantané.

Pourtant, les statistiques sont nombreuses qui nous prouvent les avantages de détenir à long terme les titres de qualité peu chers. La stratégie des chiens du Dow Jones en est une preuve éloquente. La méthode, popularisé par Michael O’Higgins dans son livre Beating the Dow, consiste à sélectionner les titres de l’indice Dow Jones qui offrent le plus de rendement de dividendes pour le prix payé,  ce qui correspond souvent aux titres avec les cours/bénéfices les plus bas . De 1973 à 2016, en choisissant à chaque année les 5 titres offrant le plus de rendement pour le prix, il a produit avec cette stratégie un rendement composé de 14,98% contre 10,09 % pour l’indice Standard & Poor’s et 10,30 % pour l’indice Dow Jones au cours de la même période. Malgré ces résultats éloquents, très peu d’investisseurs suivent cette méthode car cette approche connaît aussi des périodes creuses qui font en sorte que la majorité des investisseurs impatients la délaissent. Dans un monde financier sur-stimulé qui regorge d’informations de toutes sortes, les tentations de laisser tomber cette stratégie s’enlignent une après l’autre, que ce soient les dangers qui semblent toujours imminents ou encore d’autres saveurs du jour plus prometteuses. Une chose est  claire, la puissance des nombres finit toujours par reprendre sa place.  Et lorsque ce phénomène s’effectue, les résultats sont souvent spectaculaires.  En voici deux exemples.

Suite à l’acquisition de Forzani en mai 2011, Canadian Tire a vu ses bénéfices nets s’apprécier de plus de 30% l’année suivante. Pourtant, cela a pris encore 2 ans avant que le marché ne réagisse à l’appréciation spectaculaire des fondements du géant du détail canadien. Par contre, lorsqu’il l’a fait, il a doublé en un an et demi.

Un autre exemple est celui de la compagnie Rona. En 2012, la compagnie a reçu une offre à 14,50$ de sa concurrente américaine Lowe’s, qui a été refusée du revers de la main par le président de l’époque. La mauvaise gestion de ce dossier a forcé le départ du président et a amené une toute nouvelle direction à l’entreprise. Le nouveau président du conseil d’administration, Robert Chevrier, a alors affiché qu’il n’accepterait pas une offre sous la barre des 25$. Dans les mois suivants, Lowe’s a nommé un Québécois comme président de ses opérations québécoises. Tout annonçait que Lowe’s reviendrait à la charge, ce qui a pris quand même 3 ans et demi à se faire. Pendant ce temps, l’action de la compagnie a eu le temps de faire 4 aller-retours en bourse de plus ou moins 20 à 35%, de quoi décourager plusieurs investisseurs. À ce sujet, mon collègue Jean-Pierre  m’a partagé une situation incroyable.  Devant la chute du prix de l’action en janvier, une de ses clientes s’est découragée. Elle a appelé mon collègue en lui disant : « Je suis tannée ! Je ne veux plus voir ce titre dans mon état de compte. Sortez-le ! » Jean-Pierre lui a alors conseillé de rester sur le titre en lui faisant valoir le fait qu’une offre semblait imminente. Elle lui a alors demandé : « Pouvez-vous me promettre que cela va arriver d’ici 6 mois ? » Mon collègue a bien sûr répondu : « Vous savez, on ne peut jamais promettre une telle chose », ce à quoi elle a répliqué : « Alors, vendez-moi les actions ! » Et c’est ce que mon collègue a fait à 11,50$, mardi le 26 janvier 2016. Une semaine plus tard, soit mercredi le 3 février, le titre passait en début de séance  de 11,50$ à 23,60$ ! La cliente avait une très grosse position et elle détenait ces titres depuis 5 ans ! Cela faisait 3 ans que le président Robert Sawyers, ancien numéro 2 de chez Métro, faisait un ménage extraordinaire dans la compagnie en éliminant des actions et en réalignant l’entreprise dans ses activités les plus lucratives. Mais le marché boudait le titre… Au final, les clients ont  plus que doublé sur une période moyenne de 4 ans.

Source de l’image au haut de l’article : jean-marc.janiaczyk.pagesperso-orange.fr