Pascal Charpentier

Les Anglais dans la brume

Les Anglais ont choisi de se retirer de l’Union européenne, malgré le fait que la cité de Londres gère près du quart des échanges financiers faits en Europe. Au 18e et 19e siècle, Londres était la place financière dominante de la planète. La livre sterling était la monnaie d’échange mondiale. Puis est arrivée la Première Guerre mondiale. Afin de soutenir son effort de guerre colossale, l’Angleterre a contracté d’énormes dettes auprès des Américains. Malgré la victoire, Londres perdait son podium aux mains de New York. Désormais, le dollar américain allait devenir la devise commune d’échange. Un peu comme la victoire de la Première Guerre mondiale, la victoire du camp du Brexit de jeudi dernier en Angleterre, risque de laisser un goût amer à long terme. Nous avons l’impression d’assister à une ixième manche du déclin de l’empire financier anglais. Comme les chiffres le démontrent, la cité de Londres (district financier) a voté à 75% pour rester dans l’Euro. Ces derniers savaient certainement plus que les Anglais moyens, l’impact que cela aurait sur le secteur névralgique de l’économie anglaise.

Un des avantages de l’Union européenne pour les Anglais était le libre mouvement du capital humain. Les frontières étaient ouvertes aux travailleurs et permettaient le déplacement des biens et services aux endroits où ils étaient les plus productifs. Dans cette optique, il n’est pas rare de voir une entreprise domestique aller chercher des travailleurs étrangers qui coûtent moins cher en salaires. Un des arguments des personnes qui voulaient quitter était que les étrangers volaient leurs emplois. À l’inverse, plusieurs de ces emplois ne seront peut-être plus offerts en Grande Bretagne, alors que plusieurs entreprises pourraient déménager suite au résultat du vote.

Selon la distribution des résultats, les votes pour quitter l’Union européenne provenaient de certains groupes en particulier. L’éducation et le statut professionnel ont joué un grand rôle dans le choix du vote. Les personnes possédant un diplôme universitaire ou une éducation supérieure ont voté en majorité pour rester, de même que les personnes reconnues comme « professionnelles ». Les personnes plus âgées ainsi que les régions plus rurales ont voté majoritairement dans la direction inverse.

Pour l’instant, l’incertitude règne. L’Union Européenne veut que le processus se règle au plus vite. En Grande Bretagne, le premier ministre dit que la tâche reviendra à son successeur qui sera élu lors d’élections en octobre. Selon certains, tout le processus pourrait prendre jusqu’à deux ans. Si il n’y a pas de résolution d’ici deux ans, un des scénarios possibles est que la Grande-Bretagne continue d’échanger librement avec l’UE, ce qui pourrait être difficile à accepter par ceux qui ont voté pour quitter.

Pour ce qui est des investissements US, il n’y a pas de raisons de céder à la panique. Les États-Unis exportent en Europe, mais une baisse de 20% de ces exportations ne représenterait qu’une baisse de 0,5% du PIB. Les États-Unis consomment jusqu’à 87% de leur production domestique et 70% des profits des compagnies Américaines proviennent des États-Unis. Les conditions d’échanges entre la Grande-Bretagne et les États-Unis resteront inchangées.

La déclaration d’indépendance et l’incertitude quant à l’avenir de l’Euro, créent actuellement beaucoup de volatilité sur les marchés, mais pour des pays comme les États-Unis, la situation n’est pas aussi dramatique que l’indiquent présentement les marchés. Ces derniers répondent davantage à un événement historique qu’à une déflagration de fondements financiers. L’économie continuera de rouler, à l’exception que certaines chaises risquent de se déplacer dans le secteur financier en Europe. Comme le dit si bien David Rosenberg dans son article du Globe and Mail du 24 juin : « Le marché a tendance à tirer en premier et à poser des questions ensuite ». La situation actuelle n’en n’est pas une de problèmes de fondamentaux dans les compagnies. Une fois que l’émotion se dissipera, les investisseurs referont leurs calculs et reprendront où ils ont laissé avant le vote. En attendant l’impasse sur la question européenne, les capitaux vont se déplacer davantage vers les États-Unis et le dollar US.

Pascal Charpentier,  Olivier Langlois-St-Laurent.

Image du haut: humeur.be

Pascal Charpentier

Maintenir le cap

Même si les statistiques économiques américaines n’ont pas été si mauvaises dernièrement, les consommateurs ont été emportés par un vent mondial de scepticisme qui a engendré beaucoup de peur, sentiment qui n’a jamais quitté les investisseurs depuis la dernière grande crise financière que nous avons vécue. Les épargnants sont restés à fleur de peau avec leurs placements, avec pour résultats que lorsqu’ils sont inquiets, ils retirent leur argent des marchés et c’est ce qui est arrivé en 2016. Les innovations en technologie de l’information véhiculent aujourd’hui les émotions à la vitesse de la lumière. On aurait pu croire que l’accès à plus d’information aurait permis aux individus d’augmenter leur capacité à prendre de meilleures décisions, mais le fait est d’admettre que ces nouveaux outils n’ont pas rendu les individus plus rationnels.

Selon Patrick O’Shaughnessy, de O’Shaughnessy Asset Management, il est vraiment difficile pour les êtres humains d’agir de façon rationnelle avec leurs avoirs. Les réactions émotives fréquentes finissent par déstabiliser le système nerveux des investisseurs, ce qui sabote leurs capacités à prendre de bonnes décisions. Comme l’ont démontré les résultats de la firme de recherche Dalbar en 2014, les investisseurs moyens américains ont eu un rendement annuel composé de 2,5% au cours des deux décennies de 1993 à 2013. Ce faible rendement démontre une pathologie commune à la majorité des épargnants : la plupart gardent rarement leurs titres sur plusieurs années. Quand les marchés sont bas et déprimés et que les nouvelles sont mauvaises, ils se débarrassent de leurs positions et réintègrent les marchés seulement lorsque les nouvelles s’améliorent. Ils font exactement le contraire de ce qu’il faut faire pour maximiser ses rendements.

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Source: Businessinsider.com

Toujours selon la firme O’Shaughnessy, les ralentissements économiques sont propices aux meilleures occasions d’investissement. Selon eux, une période comme nous vivons en ce moment serait favorable à la sélection de titres individuels. Pendant ces périodes, ce ne sont plus les stimulations économiques qui propulsent les titres, mais plutôt les fondements intrinsèques des compagnies. Les titres avec le plus de fondements offrent alors un solide avantage mathématique par rapport à la moyenne des titres du marché. Prenons l’exemple de la compagnie General Motors. Cette dernière offre actuellement trois fois plus de bénéfices sur le prix de son action que la moyenne des titres du marché américain. Le marché est donc loin d’être en équilibre. Cet exemple fait l’illustration du fait que plusieurs titres ont des ratios de rendement exceptionnellement avantageux et offrent un potentiel d’augmentation au-dessus de la moyenne. Ces titres avec beaucoup de valeur fondamentale ont le potentiel de déclasser de façon spectaculaire les titres moyens et chers du marché. À ce sujet, la firme de placement O’Shaughnessy démontre qu’en période de ralentissement économique, l’écart de rendement annuel serait de 11,5% entre le 10% de compagnies ayant le plus de fondements versus le 10% de compagnies ayant le moins de fondements. Ironiquement, pour la majorité des investisseurs, les titres valeur opèrent leur magie lorsque les épargnants moyens commencent à éprouver un malaise à rester sur les marchés. Par conséquent, le fait de maintenir le cap sur les titres avec beaucoup de fondements permet de générer des rendements substantiels supérieurs. Ces titres donneront leur meilleur alors que les marchés sembleront aller nulle part. Un peu comme Uni-Select a fait en 2015.

Sources: Report on business du 8 juin 2016 , Stay focused on the fundamentals de John Reese. Millennial Money, Patrick O’Shaughnessy, 2014.
Image du haut: Appliedvisionworks.com