Pascal Charpentier

Une grande similarité avec la bulle techno

Une image qui résume assez bien ce qui se passe sur les marchés financiers depuis le début de l’année. Une bourse et une économie qui ne semblaient plus avoir aucune direction au début de l’année ont amené les spéculateurs à jeter leur dévolu sur l’or. L’indice canadien des métaux précieux s’est emballé de 110% depuis janvier dernier. Cet engouement pour le métal jaune n’est certainement pas étranger à la hausse de notre devise qui s’est appréciée quant à elle de 11% au cours de la même période. Il n’y a aucun doute que présentement, il y a un emballement généralisé pour les titres aurifères. Les titres majeurs du secteur, comme BarickGold, Newmont et Goldcorp, se transigent entre 35 et 45 fois les bénéfices anticipés de l’année. Bien qu’on ne soit pas rendus aux ratios démesurés de la bulle technologique de 1999-2000, on conviendra que les valorisations actuelles ne sont aucunement basées sur les fondements du secteur. On dirait plutôt que plusieurs essaient de surfer sur la vague spéculative actuelle. En 1999-2000, le niveau auquel se transigeaient les titres technologiques était de loin plus indécent que celui des titres aurifères d’aujourd’hui. Par contre, au niveau de l’écart entre les titres dits de valeur et les titres de spéculation, on peut voir une corrélation certaine entre la situation d’alors et celle d’aujourd’hui.

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Le graphique présenté ci-dessus démontre un exemple de cet écart de valorisation. Dans ce graphique on voit en bleu l’évolution du prix de l’action de la banque de Montréal comparé avec la progression de l’indice du Nasdaq (l’indice des titres technologiques de l’époque) en rouge. La corrélation inverse entre les deux indices est presque parfaite, c’est-à-dire inversement proportionnelle. Comme vous pouvez le constater, de 1998 à 2000, l’action de la Banque de Montréal a chuté de moitié alors que l’indice Nasdaq s’est apprécié de plus de 250%. Pourtant à l’hiver 2000, le titre de la Banque de Montréal se transigeait à seulement 7 fois ses bénéfices et était dans une de ses périodes les plus florissantes de croissance de ses bénéfices. À l’inverse, l’indice Nasdaq se transigeait à un ratio qui avoisinait les 100 fois les bénéfices. Malgré ces faits alarmant, la cupidité a pris le dessus et a amené une multitude d’investisseurs à vendre leurs titres de banque à des ratios déprimés afin de mettre la main sur des titres du secteur technologique surévalué. Comme vous pouvez le voir à nouveau sur le graphique, le phénomène s’est finalement complètement inversé. L’indice Nasdaq s’est écroulé et l’action de la Banque de Montréal a multiplié par 5 fois au cours des 6 années qui ont suivi. Ce graphique montre que la valeur finit toujours par reprendre sa place.

Comment expliquer ce phénomène ? Le sentiment de voir un secteur s’emballer et de ne pas y être investi crée une pression excessivement forte sur une grande majorité d’investisseurs qui perdent patience, capitulent et changent leur stratégie d’investissement. Ce phénomène peut expliquer en autre qu’actuellement, le marché néglige des titres performants et qui en offrent beaucoup mais qui n’ont pas de lustre à court terme pour attirer un plus grand nombre d’investisseurs. Nous vivons actuellement une de ces périodes où les capitaux se dirigent vers ce qui bouge, brille et performe. Comme Warren Buffet le dit au sujet des investissements : “Ce n’est pas de trouver les aubaines qui est le plus difficile, c’est d’avoir la patience et l’intelligence émotive de se rendre jusqu’au bout qui l’est.”

Bien que la crise des technologies ne date que d’une décennie et demie, on dirait que ses enseignements se sont évanouis. Pourtant, elle nous a fait une démonstration éloquente du côté obscur des humains en quête de résultats immédiats. Lorsqu’il s’agit de leur argent, les humains développent un raisonnement qui éclipse souvent le bon sens. En 2000, Une multitude de gens sensés ont vendu de très bonnes actions pour déployer le tout sur Nortel, avec pour résultat de tout perdre ou presque. Tout cela pour faire comme les autres, pour ne pas être à côté de la plaque, ils ont pris des risques insensés. N’étant plus prêts à être patients et à payer de leur temps, ils ont préféré spéculer et mettre en péril leur sécurité financière. La situation actuelle des marchés financiers a beaucoup de similitudes au niveau des titres de valeur avec les marchés de 1999-2000, comme à cette époque un grand nombre de titres actuels sont excessivement sous-évalués et cela ne prendra pas beaucoup de choses pour qu’ils s’emballent.