Pascal Charpentier

À la recherche d’indices?

Depuis quelques semaines, beaucoup d’articles sont sortis sur les records atteints par les indices nord-américains. Chaque jour, des discussions sur la surévaluation du marché viennent mettre un doute dans l’esprit de plusieurs investisseurs. Dans un monde où les émotions prennent souvent le dessus sur les fondamentaux et les mathématiques, les indices sont au cœur de multiples débats. Mais dans les faits, que veulent dire ces indices?

Saviez-vous que les indices boursiers sont modélisés selon la capitalisation boursière? Cela veut dire que plus la compagnie est volumineuse, plus elle a de poids sur les indices boursiers. Conséquemment, plus les gens investissent dans les indices, plus ils achètent, souvent sans le savoir, les titres les plus volumineux. L’indice S&P 500, par exemple, regroupe 500 compagnies alors que les 10 plus grosses représentent 20% de cet indice. Or ces compagnies, qui ont souvent déjà un très haut taux de capitalisation, ont moins de potentiel de hausse à long terme, étant surévaluées. Amazon, par exemple, qui est une des plus grosses dans cet indice, se transige actuellement à 130 fois ses bénéfices! Donc, un investisseur qui achète cet indice peut penser avoir un portefeuille diversifié, mais il est en fait concentré dans quelques positions souvent surévaluées. Cela crée donc un cercle vicieux qui favorise à court terme les titres  les plus richement évalués… jusqu’à ce que le marché se réveille! Cela prend plus de temps qu’auparavant, mais lorsqu’il le fait, il le fait avec plus d’ampleur.

« A big part of indexing is buying yesterday’s winners. »

– Rob Isbitts, mai 2016

Le transfert généralisé des investissements vers des stratégies passives indicielles nuirait actuellement à l’efficience des marchés. Quand les gens décident d’investir massivement dans des indices au lieu d’investir dans des gestions actives, ils donnent le mandat à des firmes d’investir leur argent dans les mêmes proportions que le marché actuels, c’est-à-dire qu’au lieu de profiter des aubaines du marché, ils reproduisent l’inefficacité actuelle du marché, et même la nourrissent, accentuant encore l’écart entre les compagnies à rabais et les compagnies surévaluées. Cela s’explique par le fait que les liquidités diminuent dans les marchés et que la corrélation entre les titres de l’indice augmente. Pour les investisseurs qui gèrent leur portefeuille activement, l’accroissement de la proportion dédiée à l’investissement passif présente donc une opportunité de placement très intéressante. Cet engouement indiciel crée actuellement des inefficiences majeures dans le marché qui sont très favorables à l’investissement valeur.

Une hyperbole qu’aime bien utiliser Josh Brown, auteur du blog The Reformed Broker, explique bien le phénomène : « Si 99% des actifs étaient dans l’indice, alors 1% des actifs gérés activement pourrait générer un rendement supérieur à ceux dans l’indice. Plus il y a d’argent investi dans l’indice, moins les rendements seront attrayants pour ce style d’investissement, créant des opportunités pour tous les autres. »

Monsieur Michael J. Maboussin du Credit Suisse, dans ses « Réflexions sur 30 ans d’investissements » publiées cet été, explique que la trop grande popularité de l’investissement indiciel passif aurait pour effet que le marché se régularise moins rapidement que par le passé.’’ C’est-à-dire que l’écart entre les titres surévalués et sous-évalués reste plus longtemps.  Cela peut expliquer le phénomène actuel de léthargie inexplicable suivi de rebonds spectaculaires sur certains titres.