Pascal Charpentier

Abécédaire Financier

Amazon. Parce qu’on ne peut pas passer une journée sans en entendre parler et que malgré des bénéfices décevants, la compagnie fait flèche de tout bois en bourse. Plus elle grossit, plus son poids dans l’indice augmente ; et plus les gens investissent dans l’indice, plus ils font monter le prix de l’action. Le marché est pris dans un cercle insidieux jusqu’à ce que…

Bénéfices. Au rendez-vous pour plusieurs compagnies, inexistants pour d’autres, peu importe, le marché ne les regarde pas vraiment pour l’instant. Une chance que ces périodes ne durent jamais longtemps.

Crypto-monnaie. Depuis le début de l’année, il serait sorti 20 nouvelles monnaies électroniques par mois. Canadian regulators take on ‘wild west’ world of initial coin offerings, Globe and mail 24 août 2017, Alexandra Posadzi.  Il y a présentement un très grand engouement pour ce phénomène mais il ne faut pas oublier qu’il s’agit d’une devise qui a été convertie à un taux fixe. Et bien qu’elle soit en nombre limité, sa valeur intrinsèque n’a pas changé, alors pourquoi une crypto-monnaie vaudrait 4000 fois plus quelques années après sa sortie ? Certains épargnants croient qu’ils participent à quelque chose qui va réinventer le monde, et d’autres, comme Jamie Dimon, président de JP Morgan, croient que la bulle des crypto-monnaie serait supérieure à celle de la crise des bulbes hollandais de 1637, dans laquelle les bulbes de tulipe se négociaient à 10 fois le salaire annuel d’un artisan.

Décisions humaines. Elles sont en général de piètre qualité. Les gens se croient rationnels, logiques et méthodiques. Mais dans les faits, les décideurs sont constamment sous l’emprise de leur système nerveux, qui leur fait faire des associations sommaires les amenant constamment à tirer de mauvaises conclusions.  Joel Tillinghast, big money, Thinks Small.

Emotions et finance ne font pas bon ménage. Plus les émotions sont fortes, plus la qualité des décisions baisse.

Foule et société de spectacle. Comme Gustave Lebon l’écrivait en 1895, « sous l’influence de la foule, les gens développent des comportements bizarres. Ils se laissent impressionner par les images, les mythes et les exagérations, et non par les faits. »

GM Après avoir attendu longtemps, le titre se réveille enfin. Malgré des années de résultats exceptionnels, la compagnie n’attirait pas les projecteurs. Mais à force de produire année après année, les joueurs du marché commencent à la reconnaître.

Hérodote. Il vécut de -480 à -425 avant Jésus Christ historien et penseur grec. Voici deux citations : « La hâte engendre en tout temps l’erreur et de l’erreur sort bien souvent le désastre. » « La fortune des hommes est une roue et ne laisse pas toujours les mêmes au sommet »

Investisseur patient. C’est celui qui arrive au meilleur résultat. Car même si vous arrivez à trouver les aubaines, encore faut-il que ayez l’intelligence émotive pour vous rendre jusqu’au bout.

Khaneman, Daniel, lauréat du prix Nobel d’économie en 2002 pour ses travaux sur la théorie de la perspective. Il a dit : « Nous sommes aveugles à notre aveuglement. Nous avons très peu d’idée du peu que nous savons car nous n’avons pas été conçus pour savoir à quel point nous en savons peu » et encore : « Chacun d’entre nous serait meilleur investisseur si nous prenions moins de décisions. »

Lire. Tous les investisseurs légendaires ont passé leur vie à le faire. Plus on s’y adonne, plus on réalise que les choses ne sont souvent pas ce qu’elles paraissent être. Des années de collection d’informations permettent de développer une indépendance d’esprit qui laisse émerger de l’obscurité les opportunités.

Momentum. C’est quelque chose qui finit par changer. Lorsque vous courez après, il finit toujours par se pousser ou se retourner contre vous.

Nouvelles. N’oubliez jamais que les marchés et les gens surréagissent toujours aux nouvelles.

Opaque. La valeur d’une compagnie est opaque pour la plupart des investisseurs. Ils sont incapables de la mesurer adéquatement. Conséquemment, la plupart achètent des compagnies chères et vendent leurs compagnies à rabais.

Panique. Lorsque des titres corrigent injustement, la plupart des gens croient ce que le marché dicte et cèdent donc à ses caprices en vendant à leur tour leurs positions. L’inconfort disparaît à court terme, mais l’opportunité de s’enrichir aussi.

Questions. Plus on s’en pose, plus on se rapproche de la vérité, et il faut surtout se poser celles qu’on n’ose pas se poser. Selon Monsieur Khaneman, on aurait un biais psychologique qui ferait en sorte qu’on rechercherait toujours les informations qui nous réconforteraient dans notre pensée actuelle.

Raison.  Selon Joel Tillinghast  dans Big money thinks small, les gens l’évite jusqu’à ce qu’ils aient épuisé toutes les autres méthodes.

Socrate. Il a dit : « La vie n’est qu’un long travail de retour à la vérité et notre travail est de dompter notre être sensible pour qu’il ne soit plus un obstacle à notre quête de vérité ».

Transiger. Le faire quand le poids de la mesure est en votre faveur.

Usure. C’est ce que le marché réussit à faire avec les investisseurs, les fatigant peu à peu jusqu’à ce qu’une majorité abandonne, au profit d’une minorité.

Vente à découvert. Vendre ce que l’on n’a pas est la meilleure façon de se ruiner actuellement.

Warren Buffet s’est prononcé la semaine dernière sur les ventes à découvert lors de la sortie de l’édition spéciale du magazine Forbes.« Aucun des 1500 récipiendaires du magazine n’a fait fortune en vendant à découvert ». Cet avertissement à mots couverts ne pouvait être plus éloquent et vient confirmer les propos tenus dans mon billet du 25 août dernier.

Xtrapoler. Je sais très bien que cela s’écrit avec un E, mais pour les besoins de cet exercice, il commencera par un X ! Selon Bruce Greenwald, dans Value Investing from Graham to Buffett and beyond  « les gens assument que les compagnies qui ont le mieux performé à court terme seront les meilleurs choix pour le futur et que les compagnies qui ont déçu à court terme continueront de décevoir. Selon les résultats de ses recherches, c’est le contraire qui se produit. Sur une période de 3 ans, les titres léthargiques sont devenus les gagnants et les plus performants sont devenus les perdants. Malgré ces faits connus, l’extrapolation persiste chez les amateurs et même chez beaucoup de professionnels du placement qui continuent à se jeter sur les titres qui viennent de connaître une progression exceptionnelle dans l’espoir que le phénomène se poursuive.

Yankees. Il ne faut jamais sous-estimer nos voisins du Sud. Malgré le chaos, ils ont un don pour rebondir.

Zoo. Est-ce que les humains sont si différents des animaux ? Est-ce que nous sous-estimons les animaux et surestimons les hommes ? Une chose est certaine, tous deux sont conditionnés par un instinct de survie qui les amène à répéter constamment les mêmes comportements prévisibles. Il n’y a rien de plus simple à conditionner et à manipuler.

Pascal Charpentier

Opportunité d’être actionnaire

Il y a plusieurs causes à la morosité et à l’instabilité des marchés en ce moment.  Je vous ai mentionné dans des textes précédents l’effet de concentration de l’investissement indiciel dans lequel des méga compagnies beaucoup trop chères reçoivent encore le gros des placements en bourse.  Avec pour résultat que pour l’instant, le prix des titres ne suit pas du tout les fondements financiers des compagnies.  Un autre phénomène qui vient fausser  les marchés est que le drame psychologique de la dernière grande crise amène encore les gens à anticiper le pire scénario, et il n’est  pas exceptionnel de voir une compagnie baisser de 50 % alors que ses profits ont été ajustés à la baisse de seulement 10 %.  Une telle démesure s’explique également  par une mode chez certains gestionnaires spéculateurs qui utilisent les ventes à découvert de façon disproportionnée.  Ce texte s’attardera à cette réalité qui joue présentement un grand rôle dans la volatilité de plusieurs titres.

opp2

Pour ceux qui l’ont oublié, une vente à découvert (short selling) est une mécanique par laquelle on vend à l’avance un titre qu’on ne possède pas, en misant sur la baisse du titre et avec la condition de le racheter éventuellement. Les spéculateurs empruntent aux banques des actions afin de les vendre à découvert. Aussi bizarre que cela puisse paraître, les firmes acceptent de prêter les actions de leurs clients – sans leur autorisation–  contre rémunération afin que les spéculateurs puissent les vendre. Sur une mauvaise nouvelle, l’arrivée de ces vendeurs artificiels augmente de façon disproportionnée le nombre de vendeurs par rapport au nombre d’acheteurs, ce qui  amène inévitablement une baisse sur le titre. Ce ne sont pas les propriétaires des actions qui font baisser leurs titres, mais plutôt les spéculateurs qui les empruntent. Pourtant, le risque pour ces vendeurs est illimité. À mesure que le nombre d’actions vendues à découvert augmente, le risque devient de plus en plus grand car il faut savoir qu’à n’importe quel moment, ces actions prêtées peuvent être rappelées par leur courtier de la firme prêteuse. Et cela peut justement arriver au pire moment, où tous les courtiers en même temps demandent à leurs vendeurs à découvert de leur redonner les actions prêtées.

Lorsque cela arrive, tout le monde court vers la sortie, mais il n’y pas de place pour tout le monde. Imaginez la cohue lorsque toutes les firmes demandent  en même temps à leurs vendeurs à découvert de leur redonner les actions prêtées ! La panique s’installe car tout le monde doit acheter en même temps ce qu’ils ont emprunté et vendu, et les prix explosent littéralement. Je vous ai déjà raconté l’histoire de Volkswagen dans laquelle les vendeurs à découvert s’étaient fait prendre dans une situation semblable, en octobre 2008. En l’espace de 2 jours, l’action avait multiplié par 5 fois.

 

opp3

Seekingalpha.com

En novembre 2015, un phénomène encore plus spectaculaire a eu lieu avec la compagnie Kalobios Pharma, pourtant en faillite, qui a vu son titre passer, en l’espace de 3 jours, de 44 cents à 45$ !

opp4

Lorsqu’une action s’apprécie de 100 fois et que vous êtes du mauvais côté, les conséquences peuvent être catastrophiques. Il est préférable dans un tel scénario d’être l’actionnaire que d’être le vendeur à découvert.  N’oubliez jamais  que dans de nombreux dossiers de compagnies rentables le temps joue en faveur de l’actionnaire.

Sans aucun doute, le contexte négatif actuel a permis à la démesure de s’installer dans les ventes à découvert. Le phénomène est devenu une mode.  Sur plusieurs compagnies, les excès ont atteint des niveaux dangereux et tant qu’il n’y aura pas quelques accidents majeurs, les spéculateurs vont continuer ce jeu imprudent. Voici un exemple parmi plusieurs d’une compagnie dans la vente au détail qui pourrait être une opportunité d’être actionnaire. Le titre des magasins Dillard’s (DDS), qui a connu une croissance spectaculaire au cours de la dernière décennie, a chuté dramatiquement au cours des 2 dernières années, sur des résultats qui, bien que bons, ont déçu les investisseurs.   Avec pour résultat que les positions à découvert sont passées au cours des 2 dernières années de 1.01 millions à  7.93 millions d’actions. (https://www.gurufocus.com/ownership/NYSE:DDS)   Il reste actuellement  25.1 millions d’actions dans la compagnie et lorsque l’on soustrait les propriétaires, les fonds indiciels et les investisseurs institutionnels, il ne resterait que 10.8 millions en libre circulation.  Enfin, si on soustrait les ventes à découvert, il  resterait moins de 3 millions d’actions dans le décompte.  **

Le danger des ventes à découvert augmente encore davantage quand la compagnie rachète à un rythme fulgurant ses actions sur le marché comme cela est le cas avec Dillard’s.   Cette dernière, rachète  1,5 millions d’actions par trimestre. La compagnie est donc en train de refermer le piège sur les vendeurs à découvert. À ce rythme, le décompte sera négatif d’ici 2 trimestres, c’est-à-dire que le nombre d’actions vendu à découvert sera alors supérieur aux actions en libre circulation. Ce n’est certainement pas un hasard si des gestionnaires célèbres se positionnent dans ce genre de titres survendus à découvert dans l’espoir d’être aux premières loges lorsque le « squeeze » arrivera. Par exemple, David Einhorn a acheté pour 2,5 millions d’actions dans le titre de Dillard’s au cours des derniers trimestres. (news.morningstar.com.14 août 2017 ) Ce même Einhorn s’était fait prendre en vendant à découvert Volkswagen. Cette fois-ci, il s’est placé de l’autre côté du prisme. Si les pertes des vendeurs à découvert sont illimitées, cela veut aussi dire que les gains des actionnaires le sont également !  Derrière la morosité actuelle dans le secteur de la vente au détail se trame un scénario de retournement majeur sur plusieurs compagnies qui sera causé par le débordement et la folie des vendeurs à découvert.  Pour l’instant, Le marché est convaincu qu’il s’agit d’un secteur à éviter mais dans les faits on est probablement devant une pépinière d’opportunités  exceptionnelles!

**  Historiquement, on considère que le seuil dangereux est franchi lorsque plus de 6 ou 7% du nombre d’actions est vendu à découvert, la compagnie Dillards est vendue à 31.5 % à découvert…