Pascal Charpentier

Lettre annuelle de Warren Buffett, 2018

Voici les propos tirés de la lettre annuelle de Warren Buffett de samedi dernier 24 février 2018, à la page 10 :

 « Le rendement que nous touchons en dividendes des compagnies dans lesquelles nos sommes investis est bien moindre que le vrai rendement qui est produit par ces entreprises. Nous avons mentionné dans notre principe numéro 6 sur l’investissement que nous anticipons que les bénéfices non distribués par les compagnies publiques dont nous sommes propriétaires se reflètent éventuellement avec le temps, par un gain en capital au moins équivalent. »

Rien de tel qu’un exemple pour illustrer les propos de Monsieur Buffett. Prenons la compagnie General Motors, une des compagnies dans lesquelles Warren Buffett (Berkshire Hathaway) est investi.

General Motors a versé 1, 52$ en dividendes  en 2017 sur un total de 6,62$  de bénéfices. Bien que le dividende de GM soit alléchant à 3,8%, il représente moins du quart des bénéfices totaux de GM, le vrai rendement est de 16,60 %. (6.62$ $/39.88 $) ce qui veut dire que la plus grande partie des bénéfices générés par la compagnie sont réinjectés dans l’entreprise.

Au début de l’année 2012, Warren Buffett a fait l’acquisition d’un bloc important d’actions de la compagnie General Motors,  la valeur comptable de sont investissement est de 30.16 $. Depuis 2011 et jusqu’à la fin de l’année 2018, la compagnie aura accumulé des bénéfices non redistribués à ses actionnaires de 30.03 $  par action.   Voir le graphique ci-joint, correspond à la ligne verte .

Comme on sait,  Buffett achète toujours à rabais, avec une marge d’au moins 30 à 40% d’escompte, on peut ainsi estimer que lors de son achat d’actions en 2012 à 30,16$, il devait les évaluer à environ au moins 40$.  Si vous ajoutez à cette valeur tous les bénéfices non distribués accumulés depuis 2011, soient 30.03$ en incluant l’année 2018,  cela placerait la valeur de l’action à  environ 70 $, ce qui correspond à une plus-value de 75 % par rapport au cours de l’action de ce matin, qui est de 39.88 $.   Ajouter le dividende intéressant qui devrait s’apprécié au cours des prochaines années et vous avez un potentiel hors norme!

Selon l’énoncé de monsieur Buffett, un jour où l’autre, le prix de la compagnie devrait refléter tous les bénéfices non répartis qui se sont accumulés depuis toutes ses années.

Pascal Charpentier

La Grande Spirale

Au cours des 2 dernières décennies, nous avons été témoins de plusieurs spirales financières, phénomène financier dans lequel tout le capital financier est attiré dans une seule direction, comparable à une force centrifuge qui attire tout autour d’elle.

La plupart des gens qui y participent ne s’en rendent compte qu’après que la force ait implosé. Par exemple, très peu de gens qui ont participé au marché immobilier et hypothécaire américain des années 2000 ont réalisé qu’ils participaient à une spirale financière dangereuse. Quelques individus seulement avaient découvert l’étendue des problèmes dans le secteur hypothécaire, dont le gestionnaire Michael Burry, qui est le personnage central du livre « Big Short » de Michael Lewis, écrit en 2010 et adapté au cinéma en 2015. Dans ses analyses, Burry avait découvert que les firmes de placement revendaient sous forme de placements sécuritaires les hypothèques à risque qu’elles avaient achetées des banques.

Lorsqu’il réalise que ces produits sont cotés comme très sécuritaires alors qu’ils ne le sont pas du tout, le gestionnaire cherche un moyen pour capitaliser sur la banqueroute future de ces produits. Il découvre alors que des compagnies d’assurance sont prêtes à l’assurer pour un prix dérisoire, sur un produit voué à un échec imminent ! Comme l’auteur du livre nous le mentionne, Burry est un des rares à avoir compris qu’une spirale diabolique s’était installée dans le système hypothécaire américain.

Voilà en gros comment ça s’est déroulé. Les banques, voulant se débarrasser de leurs hypothèques dangereuses, ont vendu à des firmes de placement cet ensemble d’hypothèques. Ces firmes les ont alors emballées dans des produits financiers où elles étaient camouflées parmi des hypothèques standards, et ont convaincu des firmes de cotation célèbres de donner une cote ultra sécuritaire à ce montage financiers dangereux. La présence d’hypothèques risquées permettait un bon rendement et ces produits financiers se sont vendus comme des petits pains chauds. Les firmes de placement ont même demandé aux banques de leur fournir davantage d’hypothèques à risque élevé pour pouvoir continuer de fournir la demande !

Burry décide donc d’investir des sommes importantes de son fonds Scion capital contre ces placements hypothécaires. Pendant 3 ans, son investissement ne rapporte rien. Il perd même des capitaux momentanément puisque le produit est mal évalué. Ses clients s’impatientent. Dans le film, on voit alors débarquer le célèbre gestionnaire Joël Greenblatt, rebaptisé Lawrence pour le cinéma. Comme vous pourrez le voir dans l’extrait que je vous mets en lien, https://www.youtube.com/watch?v=pLLgNi5UmB0. ce dernier poivre d’insultes Michael Burry sur ses décisions, même s’il est lui-même est une sommité du monde du placement. Il n’a pas assimilé ce que Burry a approfondi dans ses recherches. Finalement, des mois plus tard, le marché hypothécaire et bancaire s’effondre et Burry remporte le magot. Le film se termine sur les images de Burry qui annonce à ses clients qu’il ferme sa gestion et qu’il leur retourne leur argent. On le voit auparavant écrire à Grennblatt, en lui disant qu’il lui envoie un chèque de 489 millions pour sa part des profits. Comme le dit Burry, même s’il a eu raison, le temps que les choses se matérialisent a eu le dessus sur plusieurs relations avec des personnes qu’il admirait.  Voici le lien. https://www.youtube.com/watch?v=dlbG6G_iHLU.   Un film remarquable.

Présentement, nous sommes aux prises avec une autre spirale financière sur les marchés avec le phénomène indiciel. Depuis 2010, la majorité des capitaux qui entrent dans le marché financier passent par l’entremise des indices. Les gens croient qu’ils sont investis de façon diversifiée et sécuritaire dans 500 compagnies, mais ce qu’ils ne savent pas, c’est que les indices sont constitués selon la capitalisation boursière. Alphabet (Google) et Apple valent plus de 1,6 trillions en bourse. Ces compagnies ont donc un très grand poids dans l’indice : pour être exact, 300 fois plus qu’une compagnie qui est aussi dans l’indice et que nous détenons, Autonation, et 28 fois plus que GM. En réalité, les 12 plus grosses compagnies du Standard & Poor’s constituent 24% de l’indice, et  plusieurs se transigent à des ratios financiers démesuré,   comme Amazon qui est à plus de 300 fois ses bénéfices de 2017,  à elle seule, elle pèse pour 3.05 % dans l’indice ! On peut donc considérer que si vous investissez dans l’indice, vous investissez une  partie importante de votre argent dans des compagnies avec des ratios élevés. Par conséquent, lorsque l’on dit que la bourse est chère, il faudrait spécifier que les indices sont chers  à cause de ces grandes capitalisations qui pèsent indûment sur l’indice. Il s’est installé une spirale dans laquelle plus les gens achètent l’indice, plus les grosses capitalisations s’apprécient, jusqu’à temps que cette spirale déraille aussi.

Comme ce fut le cas pour l’entourage de Michael Burry en 2005-2006, peu de gens comprennent ce qui se passe actuellement. Tout le monde semble voir ce marché comme un bloc monolithique, mais ce n’est pourtant pas le cas. Ce marché est en manque d’intelligence, et comme toujours, il finira par s’ajuster. L’argent se déplacera alors des choses trop chères vers celles qui ne le sont pas assez. Les algorithmes mathématiques qui gèrent beaucoup de transactions sur le marché finiront par trouver la voie de la valeur ajoutée.   Il ne faut pas sous-estimer la rapidité avec laquelle les marchés peuvent se rééquilibrer.

Sources:
http://siblisresearch.com/data/total-market-cap-sp-500/
The Big Short: Inside The Doomsday Machine, Michael Lewis