Pascal Charpentier

Passer à l’offensive

J’aurais bien aimé vous entretenir sur le sujet de cette magnifique toile qui représente Georges Washington sauvant son armée révolutionnaire en déroute, en traversant à l’aube la rivière Delaware, geste audacieux qui permit à la jeune armée américaine de se sauver d’une défaite imminente face aux Britanniques qui venaient de mettre la main sur l’île de Manhattan. Mon texte n’a aucun lien avec la guerre d’Indépendance mais je cherchais une image forte que je pouvais utiliser et qui représentait un retournement majeur, car c’est bien de cela qu’il s’agit dans ce texte : un pessimisme notoire se transformant en optimisme inébranlable.

Si vous allez sur Google et que vous tapez « Warren Buffet of Canada », le nom de Prem Watsa ressortira dans plusieurs articles. Il s’agit du président et gestionnaire de la compagnie d’assurance Fairfax. Ce dernier a connu une très grande notoriété lors de la crise de 2000, mais surtout lorsqu’il a anticipé avec précision la débâcle financière que nous avons connue en 2008. Il avait alors joué contre le marché, c’est-à-dire qu’il avait pris des positions qui allaient s’apprécier lorsque le marché allait tomber. Et c’est bien ce qui est arrivé. Alors que tous voyaient leurs comptes de placement s’effondrer, le sien s’appréciait de 40%. Son approche défensive l’a bien servi pendant la crise mais moins par la suite. Après la débâcle, il est resté convaincu que l’économie courait encore des dangers importants et il est resté défensif trop longtemps, ce qui a limité la croissance des placements de Fairfax au cours de cette période. Heureusement, les rendements faramineux des bons coups ont largement compensé pour cette période de léthargie. Comme il le mentionne dans sa dernière lettre financière de la compagnie Fairfax : « Selon nous, la croissance économique américaine va s’accélérer au cours des prochaines années, ce qui va engendrer une importante croissance des bénéfices pour un grand nombre de compagnies. Le contexte actuel favorisera la sélection de titres individuels et les investisseurs valeur en particulier connaîtront beaucoup de succès. Voilà pourquoi nous passons à l’offensive. » Monsieur Watsa est moins optimiste pour l’approche passive. Selon lui, même si l’économie sera forte, les indices boursiers ne monteront pas de façon systématique.

Alors que la majorité des individus sont engouffrés dans leurs pensées négatives, plusieurs compagnies produisent déjà des résultats exceptionnels qui passent pour l’instant inaperçus depuis le début de l’année. Comme le mentionne monsieur Watsa dans sa lettre : « Au cours des cinq dernières années, le marché a favorisé les titres de croissance et les titres valeur ont sous-performé, mais leur période de sur-performance est sur le point d’éclore ». Comme il nous le rappelle dans sa lettre au sujet de l’investissement valeur : « Au cours de la période de 1999 à 2001, l’indice Standard & Poor’s a reculé de 40% alors que notre portefeuille de titres valeur de Fairfax s’est apprécié de 100%. Nous pensons que les États-Unis sont sur le point de connaître une accélération de la croissance économique, en grande partie due aux allègements fiscaux. Selon Monsieur Watsa, l’optimisme économique aux États-Unis n’a jamais été aussi grand et cela ressemble fortement au début des années Reagan. Si la croissance économique devient aussi robuste qu’on le pense, les ratios sur les actions vont rester élevés pour une longue période, comme dans les années 60.

Ces propos, venant d’une des sommités mondiales, nous montrent un scénario différent de celui communiqué actuellement dans les médias à l’effet que nous sommes « dus » pour une crise. Bien que les indices ne soient pas en zone de rabais, ils n’annoncent pas pour autant une correction majeure, surtout si la croissance des bénéfices s’accélère dans une période de croissance économique importante.

Il semble évident que nous sommes dans un environnement extraordinaire pour la sélection de titres individuels, historiquement, lorsque la croissance des profits s’accélère, les titres valeur font mieux que les titres de croissance.

Source: États financier 2017 de Fairfax, page 8 et page 21.

Image: Washington Crossing the Delaware par Emanuel Gottlieb Leutze