Pascal Charpentier

Les grands cycles boursiers partie 2, les émotions

L’illustration que voici montre clairement la suite d’émotions qui se cache derrière toute courbe financière. En la regardant, on a d’abord l’impression qu’elle représente une série d’émotions que l’investisseur peut vivre en réaction à la fluctuation du prix d’un titre ou du marché. Je vous propose de la regarder à nouveau, en l’interprétant cette fois comme si c’était la courbe du titre qui réagissait aux émotions des investisseurs. Cela donne un autre point de vue n’est-ce pas ? En réalité, les deux phénomènes coexistent, mais on a tendance à sous-estimer grandement l’influence des émotions des investisseurs sur la fluctuation du marché. Voyons comment cela se produit.

En regardant les premières émotions dans la loupe, on comprend aisément que la demande sur le titre croît au fur et à mesure que les émotions s’intensifient. Les investisseurs ont en effet tendance à vouloir acheter quand les nouvelles sont bonnes et que l’enthousiasme est palpable, faisant par le fait même augmenter encore le prix du titre qu’ils convoitent. Le nombre d’acheteurs arrive à son paroxysme au moment où l’émotion ambiante est à l’euphorie, qui est en réalité le pire moment pour acheter. C’est donc l’émotion généralisée qui fait exploser la demande, poussant le titre à son ultime limite, ce qui tôt ou tard entraîne le retour du boomerang, puisque le prix a toujours tendance à revenir à sa valeur intrinsèque.

À l’inverse, lorsque les émotions se mettent à devenir négatives quand le marché revient à la réalité (au centre de la loupe), il est facile d’imaginer que les vendeurs vont devenir de plus en plus nombreux, faisant ainsi baisser encore davantage le prix. Les émotions s’intensifient avec l’usure du temps, écrasant par le fait même le titre jusqu’à ce qu’il n’y reste plus qu’un petit bastion d’investisseurs, décidés à y rester. Une très longue séquence d’émotions négatives peut avoir un effet d’érosion sur la confiance que les investisseurs ont dans le marché. Et lorsque les gens perdent confiance en quelque chose, ils n’y accordent plus une grande valeur et capitulent facilement.

Quand finalement il ne reste plus de vendeurs, la loi de l’offre et de la demande fait tourner de bord le marché. Mais à ce stade, représenté par le retour de l’espoir dans la loupe, une majorité des gens ne sont déjà plus investis dans la position car ils ont abandonné bien avant, et il ne reste plus que quelques investisseurs de conviction pour profiter de la manne!

Nous sommes formatés pour capituler quand nos émotions négatives deviennent insupportables. Le marché boursier est un ensemble d’investisseurs humains formatés de la sorte. La pensée valeur propose à l’investisseur un reconditionnement afin d’inverser ses réflexes associés aux émotions. En effet, en assimilant le schème émotif humain, on devient à même d’en tirer partie au lieu d’en être victime. L’investisseur qui comprend que les émotions sont en grande partie responsables du prix a une très grande longueur d’avance sur la masse. C’est pourquoi les quelques rares ayant réussi à reconditionner leurs émotions à l’envers de tout le monde réussissent à terme à faire des rendements qui se distancent grandement de la moyenne. C’est d’ailleurs une des clefs majeures du succès de Warren Buffet, qui dit: « Soyez craintifs quand les autres sont agressifs et agressifs quand les autres sont craintifs ».

Illustration: Fred Nony  Août 2018.