Pascal Charpentier

Boyd Erman du Globe and Mail fait une comparaison intéressante entre l’aviation et le monde financier dans son éditorial du Report on Business de samedi 15 novembre 2008.

Monsieur Erman s’est peut-être inspiré de l’article qu’Avner Mandelman avait écrit en octobre 2007.  Voici un résumé de ses propos.

La plupart des pilotes d’avion vous diront que l’habileté la plus dure à acquérir est d’apprendre à voler à travers les nuages puisque vous devez à ce moment vous fier uniquement aux jauges de vos tableaux de bord et ignorer ce que vos sens vous disent à propos du monde extérieur.  Toujours selon les pilotes, la tension est forte de se fier à ce que l’on voit à l’extérieur et ce qu’on en ressent.  Malheureusement cela peut nous donner rapidement le vertige.  Les pilotes qui dédaignent leurs instruments et qui se fient à leur intuition peuvent souvent se mettre en situation de péril.  Voilà pourquoi les instructeurs enseignent aux étudiants en pilotage en les forçant à mettre sur la tête des ornières qui les obligent à se fier uniquement à leurs instruments de vol en leur répétant sans cesse qu’ils sont fiables.  A chaque entraînement ils leur répètent que les indicateurs de vol sont plus fiables que leurs émotions.

Il est peut-être temps que les investisseurs mettent leurs ornières car si on regarde par la fenêtre le sentiment de fin du monde dans les marchés financiers est répandu partout à travers la planète ce qui peut désorienter les plus solides et leur donner la nausée.  Pourtant saviez-vous qu’actuellement plus de la moitié des actions canadiennes suivies par le Computerized Portfolio Management Service (CPMS) se transigent en bas de leur valeur au livre?  Le ratio cours/valeur au livre est en ce moment plus bas que durant le  crash des technologies et de la récession de 1990. (Voir le graphique ci-joint)  La particularité actuelle c’est que tous les secteurs boursiers ont été atteints et que tous les intervenants en placement sont touchés et ébranlés.  Il leur est donc difficile de regarder leurs indicateurs.  L’ambiance négative a fait en sorte que les gestionnaires ne se fient plus à leur tableau de bord avec les conséquences que l’on connaît.  Selon Jamie Hynes du CPMS de tels ratios de valeur au livre arrivent normalement lorsque les compagnies ont une très longue période de pertes ce qui n’est pourtant pas le cas présentement.  Matteo Verrilli également du CPMS est convaincu que d’ici cinq ans nous regarderons l’époque actuelle comme une période d’opportunités d’investissements extraordinaire et que pour l’instant c’est la peur qui fait loi.

Dans un autre article de ce lundi 17 novembre, toujours dans le Report on Business, Kevin O’Leary insiste sur le fait que la situation actuelle est due au dégonflement des Hedge Funds.  La crise de crédit a obligé les banques qui avaient prêté massivement aux gestionnaires de Hedge de rappeler leurs prêts.  Ce qui fait que ces derniers ont dû liquider une partie importante de leur portefeuille.  Quand on pense que certains avaient emprunté à la hauteur de dix fois leur mise la chute a été violente.  Comme conséquence aggravante les pertes des fonds de couverture (Hedge Funds) ont  entraîné les clients de tels placements à vouloir être remboursés.

« Ce qui s’est passé dans les 90 derniers jours dans l’industrie des fonds de couvertures a été d’une très grande brutalité et a été responsable de la grande volatilité que les marchés mondiaux ont connue. »  Kevin O’Leary

Est-ce que les ventes des Hedge Funds sont finies?  Pas du tout selon monsieur O’Leary.  La plupart de ceux que je connais sont en train de fermer boutique dit-il.  Plusieurs fonds de couverture qui reçoivent des ordres de liquider vont connaître une mort lente et douloureuse.  La suggestion de monsieur O’Leary dans un tel contexte est d’acheter pour le long terme les actions que les Hedge Funds ont été obligés de vendre dans cette crise.