Pascal Charpentier
Guerre en Iran

Le dollar comme arme géopolitique

Lorsque les États-Unis utilisent le dollar comme une arme géopolitique — notamment par le biais de sanctions financières — les pays ciblés cherchent rapidement des alternatives pour protéger leur souveraineté économique. Ils commencent alors à vendre leur pétrole dans d’autres monnaies, comme le yuan, ou même directement en or.

Ainsi, plus les conflits et les sanctions se multiplient, plus ces pays ont intérêt à réduire leur dépendance au système dominé par le dollar. La guerre en Iran actuelle vient accélérer ce processus déjà en cours.

L’énergie au cœur du système

L’énergie est au cœur de ce mécanisme. Historiquement, la plupart des pays doivent acheter leur pétrole en dollars américains. Cela les oblige à détenir d’importantes réserves en dollars.

Cependant, si certains pays commencent à transiger leur pétrole en yuan ou en or, la demande mondiale de dollars diminue. La guerre rappelle également à plusieurs États que leurs transactions en dollars peuvent être bloquées ou leurs actifs saisis à tout moment. Pour des raisons de sécurité nationale, ils cherchent donc à diversifier leurs moyens de paiement.

Cette évolution réduit graduellement la demande mondiale de dollars et, par ricochet, la demande pour les bons du Trésor américain.

L’accélération de la dédollarisation

La guerre en Iran accélère ainsi un mouvement déjà amorcé : la dédollarisation. Plusieurs pays souhaitent désormais pouvoir acheter de l’énergie sans passer par le système financier dominé par les États-Unis.

Ce conflit agit donc comme un catalyseur d’une transition monétaire mondiale qui était déjà en cours.

Les métaux précieux comme refuge ultime

Dans ce contexte, l’or demeure le principal actif de réserve international. Il n’est la dette d’aucun État et ne peut être gelé par un système financier étranger. À moyen terme, cette dynamique devrait soutenir fortement son prix.

L’or et l’argent comme monnaie de dernier recours

Il existe toutefois un phénomène paradoxal à court terme. Lorsqu’un pays sanctionné ne peut plus payer ses importations énergétiques en dollars, il se retrouve contraint d’utiliser son or comme moyen de paiement. Ce faisant, il liquide une partie de ses réserves précieuses. Cela exerce une pression vendeuse temporaire sur le prix du métal.

Cependant, cette dynamique renforce en réalité la thèse haussière à moyen terme. Ces mêmes pays, après avoir été forcés de puiser dans leurs réserves d’or, en tirent une leçon fondamentale : sans métaux précieux, ils n’auraient tout simplement pas été en mesure de payer. Les métaux précieux représentent la seule monnaie de dernier recours lorsque le système dollar leur est fermé.

Par conséquent, dès qu’ils en auront l’occasion, ces pays chercheront à convertir leurs réserves libellées en dollars — notamment sous forme de bons du Trésor américain — en métaux précieux, et ce, le plus rapidement possible. Chaque crise renforce donc la conviction que l’or est un actif stratégique indispensable. Chaque crise amplifie la demande structurelle à long terme.

Le paradoxe de la correction actuelle

La correction actuelle des métaux précieux peut sembler contredire cette tendance. Toutefois, elle s’explique en grande partie par les réactions à court terme du marché papier : renforcement temporaire du dollar, appels de marge, ajustements spéculatifs — et liquidations forcées de pays contraints de payer leur énergie en or.

En réalité, le marché physique et les fondamentaux — dédollarisation, achats massifs des banques centrales et tensions géopolitiques, dont la guerre en Iran — pointent tous dans la même direction : une pression haussière sur l’or à moyen et long terme.

Autrement dit, la correction actuelle représente surtout du bruit de marché, tandis que le signal fondamental demeure celui d’une dédollarisation accélérée par les tensions géopolitiques.

Pour en savoir plus sur la dédollarisation, visionnez notre dernier vidéo.


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