Atnaé Lussier

Hetty Green

Avez-vous déjà entendu le nom de Hetty Green ? Cette investisseuse en avance sur son temps fut la première femme de l’histoire à transiger en bourse. Toujours habillée de noir, elle avait aussi la réputation d’être une femme d’affaire sans merci et cupide et on la surnommait la « sorcière de Wall Street ».

Née au Massachussetts d’une famille Quaker très austère, elle vécut de 1834 à 1916. Dès l’âge de 6 ans, elle lisait les nouvelles financières et à l’âge de 15 ans, c’est elle qui tenait les livres des affaires familiales ! Indépendante et maladivement avare, elle exigea de se marier en séparation de biens, une chose rarissime à l’époque ! Ayant hérité de 6 millions de dollars à l’âge de 31 ans, elle s’initia à la bourse. Bien que les femmes n’étaient pas admises à l’intérieur du parquet de la bourse à cette époque (et ce, jusqu’en 1967 !), Hetty effectuait ses transactions pour son propre compte à partir d’un petit bureau mis à sa disposition par la Chemical Bank. Elle choisissait ses investissements avec prudence et sang-froid, en se tenant loin de la spéculation et de l’investissement sur marge, et en privilégiant toujours les choix à contre-courant, faisant d’elle une pionnière de l’investissement valeur de ce point de vue. Elle menait ses stratégies de placement avec intransigeance et discipline, allant jusqu’à utiliser des manœuvres d’éthique parfois douteuse. À l’âge de 70 ans, elle provoqua même un « short squeeze » en réponse à un groupe d’investisseurs qui essayaient de la ruiner. Elle fut également un des rares investisseurs à sortir gagnante du crash boursier de 1907, liquidant judicieusement tous ses avoirs dans le haut du marché pour se repositionner au plus bas de la crise. Ses nombreuses stratégies et manœuvres financières contribuèrent à lui forger une réputation de redoutable femme d’affaire. Si Hetty Green avait été un homme, aurait-elle hérité d’un autre surnom que celui de « sorcière de Wall Street » ?

En dépit du penchant dépensier et spéculateur de son mari, dont elle divorça éventuellement, elle léga plus de 100 millions de dollars à sa mort (équivalant à environ 3 milliards aujourd’hui) ! Elle était alors la femme la plus riche du monde. Pourtant, elle fut incapable de profiter de sa fortune tout au long de sa vie. Allergique à la dépense et cherchant infatigablement à sauver le moindre sou, elle se logeait dans les petits logements vacants de ses propriétés locatives, sans utiliser ni eau chaude ni chauffage, et on dit qu’elle ne se nourrissant pratiquement que de gruau. Son mode de vie frugal et ses vêtements usés devinrent éventuellement aussi légendaires que sa réputation financière.

Voici la philosophie d’investissement qu’elle suivit rigoureusement tout au long de sa vie:

– faire une recherche approfondie avant d’investir dans une valeur

– toujours choisir des placements prudents

– diversifier ses investissements : actions, titres de dettes, immobilier, chemin de fer…

– garder beaucoup de trésorerie pour investir massivement en marché baissier

Résumant en une phrase sa vision du placement, elle a un jour dit : « J’achète ce que personne ne veut et je le revends quand tout le monde le veut à tout prix ». (traduction libre)

Sources :

Tristan Gaston-Breton, The business adventurers

https://www.theglobeandmail.com/investing/investment-ideas/article-lessons-from-one-of-the-greatest-investors-of-all-time/
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