Dernièrement, Atnaë et moi nous sommes mis à relire des textes financiers passés, écrits au fil des 20 dernières années de mon parcours professionnel. La plupart de ces textes sont accessibles sur notre site web (publications).
Quel voyage dans le temps! Ces lectures m’ont replongé dans les différentes périodes de ma carrière, me faisant repasser à travers les cycles économiques. J’ai revisité les récessions et les périodes de croissance, les crises boursières et les mannes d’opportunités de placement. Voici ce que je retiens de ce parcours sur les marchés financiers.
1998-2000
J’ai commencé mon parcours professionnel comme conseiller en placement en 1998, dans l’effervescence des titres technologiques. J’explorais alors différentes approches : analyse technique, momentum, titres croissance… À cette époque, j’étais coaché par mon père, qui travaillait dans le milieu financier. C’est grâce à ses conseils que je suis sorti les actifs des marchés dès le début de la correction. Heureusement, ma petite clientèle d’alors a été pas mal épargnée des ravages de la « crise des technos » de l’année 2000.
À partir de 2000 : L’adoption de l’approche valeur
Le crash a laissé derrière lui un marché boursier bien différent de celui d’avant la crise. C’était un terreau absolument parfait pour l’investisseur valeur que je m’apprêtais à devenir! Un de mes collègues m’avait convaincu de lire le célèbre livre de Benjamin Graham « L’investisseur intelligent », et cette lecture a véritablement révolutionné mon approche. Ce même collègue, un fervent défenseur de l’approche valeur, a été un mentor pour moi dans les années qui ont suivi. Il m’a aidé à m’approprier cette philosophie de placement afin d’en faire bénéficier ma clientèle grandissante. Merci Martin!
2008-2009 : La crise des Subprimes
Le premier grand choc de mon parcours professionnel est arrivé avec la crise des subprimes en 2008-2009. Tout s’effondrait sur les marchés et j’avais perdu mes repères habituels. Comme tout le monde, je découvrais avec effroi les stratégies mensongères et la manipulation que certains acteurs du milieu financier avaient été capables de mettre en place sans vergogne sur le dos des petits investisseurs.
Beaucoup de compagnies, pourtant solides quelques mois avant, se retrouvaient subitement en mode survie, sinon carrément en faillite. Pourtant, dans ce chaos, je pouvais aussi observer certaines compagnies démontrer une grande résilience. Plusieurs réussissaient à passer à travers la crise sans trop d’égratignures au niveau des bénéfices générés : Johnson & Johnson, Walmart, CN, Canadian Tire, Walgreen, Cisco… Pourquoi ces compagnies s’en sortaient mieux que les autres? Qu’avaient-elles fait différemment? En l’espace de quelques mois, ces sociétés s’étaient détachées du reste du lot comme on sépare le bon grain de l’ivraie. C’est dans ce genre de compagnies que je voulais désormais investir à long terme.
2009-2011 : le portefeuille à revirement majeur
J’ai l’impression que lorsque l’on travaille dans le milieu du placement, on ne peut se considérer expérimenté avant d’être passé à travers une crise boursière majeure. Pour ma part, à partir de 2009, mon approche est définitivement devenue plus personnelle et plus convaincue.
Au sortir de la crise au milieu de l’année 2009, les investisseurs, aigris, appauvris et échaudés, se trouvaient au plus bas du spectre de la motivation face à l’idée d’investir. Pourtant, le marché était un véritable vivrier d’opportunités de placement! Plusieurs compagnies se transigeaient alors à moins de 5 fois leurs bénéfices, voire à 1 fois! Ceux qui ont eu l’opportunité de commencer à investir dans ce moment de grande morosité ont fait énormément de rendement au cours des mois et années qui ont suivi.
Mon approche valeur m’a orienté vers des titres dont les prix avaient fortement (et indûment) chuté durant la crise. Ces actions avaient le potentiel de voir leur prix rebondir vigoureusement. Avec 10 de ces titres, j’ai créé en mars 2009 un portefeuille que j’ai appelé « Le portefeuille à revirement majeur ». J’ai proposé ce bloc d’actifs à tous mes clients, persuadé qu’on pourrait faire un triple en 24 mois. 6 mois plus tard, le portefeuille avait déjà doublé. 24 mois plus tard, les actifs avaient multiplié par 2,68 fois (un peu en-dessous de mon pari mais tout-de-même…) (Source : Croesus)
2012-2021
Durant ces années, je me suis concentré à rechercher des titres respectant les critères « valeur ». Je recherchais des fondamentaux solides (bénéfices stables et croissants, rentabilité, efficience opérationnelle, avantages concurrentiels, bilan sain…) à un prix sous-évalué par rapport à la valeur intrinsèque de la compagnie. Voici quelques souvenirs pour vous divertir un peu.
- LES TITRES TECHNOLOGIQUES DE RETOUR!
Les titres technologiques, qui avaient laissé un goût amer en 2000, étaient boudés des investisseurs depuis plus de 11 ans. Pourtant, pour plusieurs d’entre eux (Cisco, IBM, Microsoft…), les bénéfices n’avaient pas arrêté de progresser durant tout ce temps, même durant la crise. Ces titres étaient devenus des aubaines. Je me souviens d’avoir acheté des Microsoft à 25$ en 2010. Mon analyse m’indiquait que cette action valait beaucoup plus que cela. La patience de mes clients a été mise à l’épreuve avec ce titre qui n’avait toujours rien fait 3 ans plus tard. Mais quand il s’est mis à monter, notre patience a été récompensée. Malheureusement, j’ai revendu ce titre beaucoup trop tôt, entre 75$ et 100$. Quel dommage!
- WALMART
Walmart était aussi un titre phare pour moi à cette époque. Avant la crise de 2000, il s’agissait d’un titre de croissance que l’enthousiasme démesuré des investisseurs avait amené à 50 fois ses bénéfices! À partir de là, le prix a stagné pendant une douzaine d’années. Pendant ce temps, les bénéfices augmentaient d’année en année, faisant baisser tout doucement le cours bénéfice. En 2010, le cours bénéfice était redescendu à 10 fois. La compagnie se transigeait au même prix qu’en 1998, mais faisait 450% plus de profit! C’est à ce moment que j’ai commencé à acquérir des titres à environ 50$. Comme pour Microsoft, ma lecture était bonne, mais j’étais un peu d’avance. Et comme pour Microsoft, j’ai vendu à gain, mais trop tôt. Le titre vaut aujourd’hui 6 fois plus qu’à l’époque…
- LES OBLIGATIONS CORPORATIVES
À cette époque, il y avait également une opportunité très intéressante sur le marché des obligations. La crise de 2008-2009 avait creusé un écart de crédit de 10% entre certaines obligations corporatives et les obligations gouvernementales. Ainsi, on pouvait aller chercher entre 9% et 10% de rendement sur des obligations à rendement élevé. Qui plus est, une partie de ce rendement prenait la forme de gain en capital, imposé seulement à moitié.
- CANADIAN TIRE
La compagnie Canadian Tire est venue nous surprendre avec un dénouement inattendu. J’avais acheté le titre en 2012 autour de 65$. Je savais qu’il valait beaucoup plus que cela, notamment dû à la récente acquisition de Sport Expert, que Canadian Tire avait réussi à acheter sans émettre de nouvelles actions. Au printemps 2013, Canadian Tire annonce qu’elle va détacher tout son parc immobilier de son bilan et créer un fonds immobilier! Les investisseurs prennent soudainement conscience de la valeur de cet actif mis au grand jour. Le titre de Canadian Tire se met à décoller… Il va doubler en une année.
- LES PHARMACEUTIQUES
À cette époque, j’avais également investi dans les pharmaceutiques Walgreen, CVS et McKesson. Il s’agissait des 3 gagnantes de la restructuration pharmaceutique aux États-Unis. Walgreen me semblait la plus sûre et plusieurs analystes la considéraient parmi les meilleures compagnies aux États-Unis. Pourtant, c’est elle qui s’est écroulée, suite à une série de mauvaises décisions des dirigeants. Je suis resté accroché trop longtemps sur la valeur passée de l’entreprise. J’avais un gros bloc d’actions dans ce titre et ça a pesé sur la rentabilité des portefeuilles. CVS a mieux fait. Mais la surprise a été McKesson, qui a multiplié par plus de 4 fois au cours des 7 années où nous avons détenu l’action.
RÉFLEXIONS
En relisant mes recommandations de titres de cette époque, je fais le constat que j’utilisais une approche « valeur » de mathématique pure, basée sur des ratios. Or, je ne prenais pas suffisamment en considération le potentiel de croissance future de la compagnie. Le potentiel de croissance est une donnée qualitative qui ne s’évalue pas analysant les états financiers et que j’ai toujours trouvée très aléatoire.
Mon approche m’a permis de discerner de nombreuses opportunités qui se sont avérées gagnantes, mais trop souvent, j’ai vendu trop tôt. Dès que le titre commençait à s’emballer et que les ratios m’indiquaient que la compagnie « valeur » était en train de devenir une compagnie « croissance » (donc avec plus de risque), je me départissais des titres pour me déplacer sur de nouvelles opportunités. Nous avons fait de bons rendements, mais ils auraient pu être encore plus spectaculaires si j’avais eu les connaissances que j’ai aujourd’hui à cet effet.
2021 : Le grand virage vers les métaux
En relisant mes textes, je suis retombé sur un texte d’août 2016. J’y spécifiais que les investissements dans les compagnies minières, qui étaient alors de 35 à 45 fois les bénéfices, étaient de l’ordre de la spéculation (Une grande similarité avec la bulle techno). J’étais loin de m’imaginer que 5 ans plus tard, j’entamerais un virage important dans cette direction.
Lorsqu’en 2021, j’ai pris connaissance de la quantité d’argent qui avait été injectée dans le système, j’ai compris que nous nous dirigions vers une longue séquence d’inflation élevée, où la valeur de notre monnaie se désagrègerait inéluctablement. C’est là que j’ai cherché à déplacer les patrimoines familiaux que l’on m’a confiés vers des véhicules résilients à l’érosion monétaire. Il m’a fallu faire tout un travail de déprogrammation pour envisager investir dans les métaux précieux, un secteur qui n’avait pas la faveur des investisseurs dignes de ce nom. Cette transition a été la plus audacieuse de ma carrière, mais aussi la plus convaincue. À mon avis, même si on n’a pas vu les résultats immédiatement, la progression de 2024 et 2025 indique pleinement la pertinence de ce virage. La situation économique incertaine et la dévaluation monétaire en cours ne font que confirmer mon positionnement actuel.
Situation actuelle
Les récents résultats des compagnies minières sortis au mois d’août ont montré une progression des bénéfices jamais vue, avec pour plusieurs d’entre elles une progression de plus de 200% de leurs profits d’opérations par rapport au trimestre précédent. Les titres miniers ont réagi à la hausse, mais jamais au même ratio que la hausse des profits. Par ailleurs, ces résultats fantastiques ont été produits avec un prix du métal moins élevé que celui actuel. Dans un contexte de croissance pour les compagnies minières, le ratio cours/profits d’opération devrait se situer autour de 15 fois. Or, lorsque j’étudie les compagnies dans lesquelles on investit actuellement, certaines se transigent encore à 6 ou 7 fois les profits d’opérations anticipés. En plus, ces ratios ne tiennent pas compte de la croissance potentielle du prix des métaux.
J’ai déniché des titres qui pourraient faire plusieurs multiples de croissance, du jamais vu de tout mon parcours professionnel . Étant donné la hausse soutenue de l’or et de l’argent, je considère ces titres comme des titres de croissance, mais ils se transigent avec des ratios bas comme ceux de titres valeur! La plus grande anomalie de ma carrière amène le plus grand potentiel!
N’hésitez pas à communiquer avec nous pour découvrir notre offre en placement. Il nous fera plaisir de vous aider à saisir des opportunités sur les marchés financiers.
Cette information a été préparée par Pascal Charpentier qui est un gestionnaire de portefeuille pour iA Gestion privée de patrimoine inc. et ne reflète pas nécessairement l’opinion de iA Gestion privée de patrimoine inc. L’information contenue dans le présent bulletin provient de sources jugées fiables, mais nous ne pouvons pas garantir son exactitude ni sa fiabilité. Les opinions exprimées sont fondées sur une analyse et une interprétation remontant à la date de publication. Elles peuvent changer sans préavis. De plus, elles ne constituent ni une offre ni une sollicitation d’achat ou de vente des titres mentionnés. L’information contenue dans le présent document peut ne pas s’appliquer à tous les types d’investisseurs. Le gestionnaire de portefeuille ne peut ouvrir des comptes que dans les provinces où il est inscrit.
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