Atnaé Lussier
British American Tobacco

British American Tobacco constitue la plus grosse compagnie publique de tabac au monde. Elle faisait partie de ma sélection de portefeuille en 2019. À l’époque, je considérais déjà cette société britannique comme étant sous-évaluée, avec un cours-bénéfice bien en-dessous de sa propre moyenne et un dividende très attrayant. Elle continuait d’opérer un virage vers des produits de tabac non incandescents et moins dommageables. Cela lui permettait de continuer d’augmenter ses tranches de profits alors que la demande mondiale pour les cigarettes était en déclin. Qui plus est, le Dow Jones Sustainibility Index l’avait sélectionnée comme leader dans son secteur en tant qu’ investissement socialement responsable (ESG).

Petites capitalisations et grandes capitalisations : des parcours différents

En 2021, j’ai pris la décision difficile de laisser aller British American Tobacco de mes portefeuilles, une décision qui s’est avérée être la bonne. Devant la bulle qui s’installait dans la majorité des grandes capitalisations, je craignais que lorsque ces grandes capitalisations corrigeraient, elles entraîneraient dans leur sillon tout le reste de la bourse sans distinction. Avec beaucoup de retard, la bourse a en effet commencé une correction majeure en 2022, lessivant toutes les catégories d’actifs indifféremment, comme ça avait aussi été le cas lors du crash de 2020.

En 2023, les grandes capitalisations ont fait un retour en force. Cependant, la grande majorité des moyennes et petites capitalisations sont encore en territoire négatif. Le graphique qui suit illustre bien cet écart en comparant la trajectoire des 2 dernières années du Russell 2000 (petites et moyennes capitalisation américaines) et du Nasdaq 100 (100 plus grandes capitalisations du NASDAQ). Et l’écart serait encore bien plus frappant si on prenait seulement les 10 plus grandes capitalisations boursières.

Progression (en %) du Russell 2000 (bleu) et du Nasdaq 100 (orange) depuis 2 ans

Un titre à rabais pour des bénéfices solides

Aujourd’hui, je retourne à ce titre car étant donné le contexte boursier actuel, son profil de gain est encore plus spectaculaire qu’en 2019. Tout d’abord, la compagnie ait réussi un tour de force en 2023 en augmentant ses profits d’opération dans un contexte inflationniste difficile. Parallèlement, le titre de la compagnie en bourse a subi une sévère culbute, le faisant passer d’un sommet de 44$ US en 2022 à 30$ US actuellement, le même prix qu’en 2009! Le résultat mathématique est que cette compagnie qui produit pour plus de 13 milliards de profits d’opération par année, se transige à seulement 6 fois ses profits, du jamais vu sur la compagnie.

Il n’y a pas si longtemps, en 2017, le titre se transigeait au-dessus de 70$ l’action, alors que les profits d’opération étaient inférieurs à ceux de la dernière année. Le cours/bénéfice est passé de 21 fois en 2017 à 6 fois aujourd’hui. Rappelons que la moyenne historique du titre est de 16 fois… Vous remarquerez dans le graphique suivant la chute importante du titre en 2017. Cette année-là, la compagnie a fait l’importante acquisition de Reynolds. Le marché a alors très mal réagi à cette décision qui a créé une dette importante et qui a obligé la société à baisser le dividende cette année-là. Depuis, la demande pour le titre n’est pas revenue. Le très bas cours/bénéfices actuel bonifie la marge de sécurité tout en offrant un potentiel de plus-value intéressant.

Comment British American Tobacco gère-t-elle la hausse des taux d’intérêt?

Un autre élément qui m’a impressionné de cette compagnie est la gestion de sa dette.  Bien que la compagnie ait une dette correspondant à 3 années d’opération, le financement de sa dette pour 2023 est encore bas à 5,2%. Cela s’explique par le fait que la compagnie rembourse sa dette au lieu de la renouveler (elle a remboursé 12% de sa dette l’an passé) Pour ce qui est des dettes existantes, l’échéance moyenne se situe à 10,5 ans. Cela prévient la compagnie de devoir renouveler sa dette à haut taux dans l’urgence. Par conséquent, la compagnie est beaucoup moins affectée que d’autres par le contexte de hausse d’intérêt. En réalité, seulement 8,2% de sa dette viendra à échéance au cours des deux prochaines années, et la société a suffisamment d’encaisse pour rembourser totalement cette tranche de dette si elle juge que c’est avantageux.

L’échéance moyenne de la dette de British American Tobacco et le peu de renouvellement à court terme aurait de quoi faire l’envie du gouvernement américain qui devra quant à lui renouveler le tiers de sa dette au cours des 12 prochains mois…

Payés pour attendre

Un autre avantage majeur de ce titre est son dividende très attrayant. Au prix actuel, British American Tobacco nous paie un dividende de 9,5% par année! On est donc payé pour attendre que le titre revienne à un ratio plus normal. L’opportunité sur ce titre est double : dividende élevé et potentiel de plus-value. Faisons l’hypothèse que le titre pourrait retourner ne serait-ce qu’à 10 fois ses profits. Cela nous place à une action à 50$ versus le 30$ actuel, un rendement en gain en capital qui s’ajoute au rendement en dividendes.

Une petite anecdote

Il y a longtemps que j’ai compris que les titres de ce secteur étaient très mal compris par la finance. Le peu de compagnies de tabac qui restent en bourse représentent vraiment un secret bien gardé. À l’époque 2008, j’étais tombé sur un article qui parlait du portefeuille du président de la FED Ben Bernanke. Ce dernier affirmait qu’il avait investi 100% de son portefeuille dans une seule compagnie : Philip Morris, une compagnie de tabac! Le grand manitou de la FED avait alors confié aux journalistes qu’il n’avait pas le temps de suivre la bourse. Aussi, il avait misé sur cette unique compagnie, dont il était convaincu qu’elle passerait à travers n’importe quelle crise. Selon lui, il y aurait toujours assez de fumeurs sur terre pour que la compagnie demeure rentable et puisse lui assurer un bon fonds de pension.

Même si l’action de la compagnie n’a peut-être pas progressé autant que la bourse en général, Monsieur Bernanke a certainement fait un rendement annuel d’environ 8% en incluant les dividendes. À l’époque, cette déclaration m’avait choqué. Mais je dois avouer que ce secteur a une stabilité des bénéfices et du dividende tout à fait unique par rapport aux autres domaines d’investissement.

Bien lire les états financiers

Pour ceux qui pourraient s’intéresser à aller plus loin dans les états financiers, vous allez réaliser que la compagnie a fait une perte en capital en 2023. La société a en effet pris une écriture afin de réduire la valeur comptable de ses marques de cigarettes américaines qu’elle avait achetées précédemment. Résultat : au lieu de faire un bénéfice net cette année, elle a fait une perte. Mais il ne s’agit pas d’une perte d’opération. Cette manœuvre a permis à la société de récupérer des impôts et de réduire son passif de façon substantielle. D’ailleurs, j’ai remarqué que les compagnies profitaient souvent d’une léthargie sur le prix de l’action en bourse pour effectuer ce genre d’ajustement comptable. L’effet d’une mauvaise nouvelle sur le titre est certainement moindre que lorsqu’il a le vent dans les voiles.

Conclusion

Le titre de British American Tobacco, tout comme l’ensemble de l’industrie du tabac, a été largement boudé par les investisseurs et il se retrouve actuellement à un prix très bas qui a pleinement intégré l’impopularité du secteur. Pendant ce temps, les bénéfices sont pourtant au rendez-vous, créant une anomalie entre le prix et la rentabilité de la compagnie. Ainsi, l’investisseur patient pourrait être récompensé par le retour d’un prix plus juste, tout en recevant un généreux dividende en attendant.

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