Pascal Charpentier

Déflation ou inflation

Ces jours-ci la confusion règne dans le marché financier au sujet de l’inflation et de la déflation.  Avec tous les capitaux qui ont été injectés à travers le monde et les réductions massives de taux d’intérêt on pourrait normalement s’attendre à un problème inflationniste mais dans les faits les liquidités massives injectées dans le système financier ne sont pas redistribuées en ce moment puisque les banques refusent de les prêter.  Même entre elles, elles se refusent tout prêt.  Ce qui a pour résultat que le taux interbancaire a atteint un sommet historique.  Les banques ne font plus face à un problème de liquidités mais sont craintives à l’effet qu’elles ne seront pas remboursées par les emprunteurs.  Ce qui fait que banques et individus accumulent des liquidités record, c’est ce qu’on appelle le syndrome de la crise de crédit : une tonne de liquidités disponibles mais personne ne veut investir ni prêter.

Le crédit est le fluide financier qui fait fonctionner la machine économique.  Sans crédit l’économie s’arrête. De saines compagnies suffoquent lorsque le crédit est déficient ou étouffé; les paiements sont moins rapides et tout devient congestionné.  Ce qui a pour conséquence que la demande baisse, les inventaires augmentent et les prix diminuent.  S’en suit donc une déflation et c’est ce que nous observons présentement dans plusieurs secteurs.  On peut constater qu’à court terme nous sommes dans un contexte déflationniste.  Le dégonflement  du levier financier a entraîné le prix des commodités (pétrole, or, métaux) à la baisse.

L’Inde et la Chine ont augmenté trop rapidement leurs capacités de production ces dernières années et nous ont inondés de leurs marchandises.  Cette surproduction doit maintenant être liquidée ce qui accentuera encore la baisse des prix des marchandises, tels ordinateurs, téléviseurs et produits transformés. Ces ventes de feu forceront ces pays  à recapitaliser leurs industries et leur économie afin d’éviter les mises à pied massives et pour y arriver, elles devront puiser dans leurs réserves et puisqu’elles ont accumulés beaucoup d’or on pourrait voir le métal jaune perdre de son lustre dans les semaines à venir.

Les banques centrales essaient de combattre ces forces corrosives  en injectant des sommes colossales de liquidités mais à cause de la crainte ce sont les forces déflationnistes qui priment.  Malgré cela, cet argent fera éventuellement son chemin dans le marché financier on devra s’attendre éventuellement à une importante pression inflationniste.  Ces montagnes d’argent et de nouvelles liquidités vont bientôt se retrouver sur nos bourses  et dans l’immobilier  et vont nous ramener dans une situation inflationniste d’ici 24 mois. L’inflation restera donc un problème à long terme comparé à une crise de crédit à court terme.  Source; George Athanassakos & Avner Mandelman  Report on Business.

Pascal Charpentier

Une histoire qui porte à réflexion

Voici une histoire qui porte à réflexion.

David  Einhorn, gestionnaire Hedge for Green Light, mieux connu pour son succès dans la débandade de Lehman Brother, s’est fait prendre dans le plus grand défaut de vente à découvert de l’histoire.  Cette situation controversée a fait de Volkswagen la compagnie automobile la plus évaluée en bourse. L’action est montée à des sommets inespérés à  la suite de la course folle à la couverture par les gestionnaires de Hedge Fund qui étaient prêts à payer n’importe quel prix pour se couvrir hier en Europe.

Tout a déboulé lorsque Porsche a annoncé publiquement qu’elle possédait les trois quarts de Volkswagen.  Ajoutez à cela la position de 20% du gouvernement de Saxe, cela confirmait qu’il ne restait plus que 6% des actions de Volkswagen dans le marché libre.  Cette nouvelle venait brouiller les cartes des  gestionnaires de couverture qui croyaient jusqu’alors que Porsche ne possédait que le tiers de la compagnie.  La raison pour laquelle Porsche a décidé de faire publiquement cette déclaration fut lorsqu’elle réalisa qu’il y avait davantage de ventes à découvert dans le marché que d’actions libres.  Vous pouvez donc imaginer la suite.  Je vous laisse regarder par vous-même dans le graphique ci-joint l’impulsion que cela a donné à l’action hier en bourse.

(L’action est passée rapidement de 300 euros à 1000 euros.)

Ce « short squeeze » a de quoi ébranler.  Ce scénario envoie un message de prudence aux gestionnaires de couverture.  Il est à prévoir que dans les prochaines semaines plusieurs voudront fermer leurs massives ventes à découvert sur le marché.

Ce qui est important à retenir dans cette histoire, c’est que dans une vente à découvert, les pertes peuvent être illimitées.  Dans notre exemple lorsque les gestionnaires ont vendu à découvert à 200 euros, ils croyaient faire une bonne affaire puisque la compagnie était surévaluée par rapport à ses pairs.  Maintenant que ces gestionnaires ont dû se recouvrir à 1000 euros, ils se trouvent à avoir perdu 800 euros par action.

Pascal Charpentier

Buffett et Mandelman

Comme je l’ai mentionné dans mon précédent texte « Une panique mais pas une dépression »    La déroute de 1907 avait été endiguée par l’intervention de l’Etat qui avait investi massivement dans les banques.  Mais ce fut en fait l’intervention de J.P. Morgan qui empêcha la crise de se transformer en effondrement en obligeant les joueurs principaux  à injecter les liquidités nécessaires pour repartir le marché financier.

Aujourd’hui, les yeux sont tournés vers Warren Buffett afin de savoir ce que l’oracle d’Omaha pense et fait.  Voici l’extrait d’un texte qu’il a écrit le 17 octobre dernier dans le New York Times :

« Le monde financier est dans un mauvais état aux Etats-Unis et dans le reste du monde.  Les problèmes de l’économie se répandent comme une marée.  A court terme, le chômage va augmenter, les échanges commerciaux vont vaciller et les manchettes continueront d’être pessimistes.   En conséquence j’achète des actions américaines.  Si les prix continuent à être aussi bas, je serai bientôt investi à 100% en actions américaines.   Une règle dicte ma conduite : soyez craintifs lorsque les autres sont avides et avides lorsque les autres sont apeurés.  Une chose est sûre actuellement, c’est que la peur est répandue partout.  Les investisseurs ont raison de s’inquiéter des compagnies qui ont utilisé les effets-leviers mais il ne faut pas les confondre avec les joueurs majeurs du marché qui réussiront dans un avenir rapproché à faire des profits record.  Je tiens à être clair :  je ne peux pas prédire les mouvements du marché à court terme, donc je ne peux pas savoir où nous serons dans un mois ou dans un an.  Par contre, je suis persuadé que les marchés vont monter et de façon substantielle bien avant que l’économie n’ait effectué son revirement.  Alors si vous attendez le retour des rouges-gorges pour investir, le printemps sera déjà terminé.

Un peu d’histoire :  Durant la grande dépression, le Dow Jones a atteint le niveau de 41 points le 8 juillet 1932.  Malgré cela, bien que les conditions économiques aient continué à se détériorer jusqu’à l’arrivée de Roosevelt en mars 1933, le marché a rebondi de 30% durant cette période.   En conséquence, le marché peut récupérer même si l’économie se détériore encore puisque la finance est toujours à l’avance de plusieurs mois sur l’économie.   Les actions auront le dessus sur les liquidités par un pourcentage important.  Les investisseurs qui vendent actuellement pensent qu’ils pourront synchroniser avantageusement leur retour sur le marché en attendant le retour des bonnes nouvelles.  Je leur dis donc qu’ils ont oublié les bons conseils de Wayne Gretzky : Je patine vers où la rondelle s’en va, pas vers où elle était. »   Warren Buffett, 17 octobre 2008  New-York Times

Voici maintenant où Avner Mandelman du Report on Business envoie la rondelle  Il compare le Dow Jones de la crise avec le Nasdaq actuel :  « Si nous devons comparer la situation actuelle avec une période historique, elle ressemble davantage à 1937 qu’à 1929 et si cette comparaison tient la route nous devons nous attendre à vivre une remontée prochainement.

Le Dow Jones de l’euphorie est passé de 100 points de base à 381   de 1924 à 1929 et le Nasdaq est passé de 1000 points de base à 5000 points de base de 1995 à 2000. On assiste ensuite à une correction de 85% dans chacune des bourses et au cours des 3 années qui  suivent, soit jusqu’à 1932 pour le Dow et 2003 pour le Nasdaq.   Dans les 5 années suivantes, soit de 1932 à 1936 pour le Dow Jones et de 2003 à  2007 pour le Nasdaq, ils doublent puis  à nouveau plonge de moitié dans l’année qui a suivi.

Voici la partie intéressante : du bas de 1937 le Dow a rebondi de 49% dans les 7 mois qui ont suivi.  Donc si la comparaison tient, le marché devrait rebondir de manière significative.  Toujours selon Mandelman, nous ne sommes pas à une période qui suit une bulle boursière mais à une crise suivie d’un revirement rapide.  Le marché regardera 9 mois à l’avance ce que l’économie nous annonce pour 2009 et nous assisterons à une forte croissance malgré l’incrédulité actuelle. »   Avner Mandelman, 25 octobre 2008

Bien que la comparaison de Mandelman entre le Dow Jones et le Nasdaq ait ces limites, je partage sa vision que nous sommes dans une crise de crédit sévère mais pas dans une correction de bulle boursière, et que les actions ont descendu beaucoup trop.

Pascal Charpentier

Une panique mais pas une dépression

Voici le résumé d’un article fort intéressant de George Athanassakos, professeur en Finance à l’Université de Western Ontario et président du Ben Graham Value Investing à la Richard Ivey School of Business, tiré du Report on business du 21 octobre 2008.

Il y a beaucoup de spéculation sur la possibilité d’avoir une dépression de l’amplitude de celle de 1929 ou même pire.  Mais selon M. Athanassakos, la déroute financière actuelle sera vue dans le futur par les spécialistes comme une panique similaire à celle de 1907 mais pas à une grande dépression comme celle de 1929.

Bien que la grande dépression ait aussi commencé dans l’affolement, elle faisait suite à une euphorie spéculative qui a entraîné les marchés d’octobre 1929 à juin 1932 à perdre 83% de leur valeur.  La baisse précipitée des actions, de l’immobilier et des obligations asséchèrent les capitaux disponibles des institutions financières.  Celles-ci furent obligées de vendre de leurs actifs afin d’augmenter leurs liquidités à court terme, mettant encore plus de pression sur les bourses qui baissèrent davantage.  Résultat : sur les 25,000 banques aux Etats-Unis, 11,000 avaient fait faillite en 1933.  La baisse de la demande généralisée a amené 25 à 30% de la force de travail à la rue.  La panique généralisée s’est vite transformée en dépression suite aux erreurs coordonnées des politiciens et des banques centrales.

Le secrétaire d’état de l’époque Andre Mellon n’a rien fait et le président américain Herbert Hoover a laissé l’économie de marché se purger d’elle-même.  Ajoutez à cette inaction l’erreur de laFed qui monta les taux d’intérêts au lieu de les baisser. De plus,  les pays  augmentèrent leurs tarifs douaniers et limitèrent les cotas à l’importation, ce qui fit que le volume d’échange mondial plongea de moitié.

Est-ce que ce scénario est en train de se reproduire?  Selon M. Athanassakos, bien que nous vivions une panique généralisée, l’intervention coordonnée des gouvernements mondiaux et des banques centrales, préviendra l’anéantissement des bases financières.

 

Les gouvernements ont pris en main la situation en acceptant d’injecter massivement de l’argent dans leurs systèmes bancaires et en garantissant des prêts importants.  Ces interventions coordonnées aux baisses d’intérêts des banques centrales mondiales ainsi que le maintien du libre échange feront que cette panique ne se transformera  pas en grande dépression de même que la crise de 1907  ne se transforma pas non plus en dépression.

 

La panique de mars 1907 avait décimé 2 milliards du marché boursier.  La déroute avait été endiguée par l’intervention de l’état qui avait investi massivement dans les banques aux États-Unis, mais cette intervention n’avait pas suffi, les bourses continuèrent leur descente avec pour résultat que les municipalités et les compagnies publiques ne pouvaient plus se financer sur le marché domestique.  J.P. Morgan fut le catalyseur qui empêcha la crise de se transformer en effondrement.  Il invita chez lui 50 banquiers à sa maison de la Fifth Avenue à New-York et les enferma dans sa résidence jusqu’à ce qu’ils soient d’accord pour fournir les liquidités nécessaires au système financier.  Les bonnes banques furent supportées et les mauvaises furent abandonnées.  L’année suivante, en 1908, le marché s’apprécia de 45%.

 

Les Etats-Unis et le monde sont stupéfaits par la rapidité et l’amplitude de la panique actuelle, comme l’étaient ceux de 1907.  Mais tant qu’il y aura des actions coordonnées mondiales pour sauver les banques et assurer la liquidité dans les marchés, la panique de 2008 ne restera qu’une panique.   – George Athanassakos