Pascal Charpentier

Une panique mais pas une dépression

Voici le résumé d’un article fort intéressant de George Athanassakos, professeur en Finance à l’Université de Western Ontario et président du Ben Graham Value Investing à la Richard Ivey School of Business, tiré du Report on business du 21 octobre 2008.

Il y a beaucoup de spéculation sur la possibilité d’avoir une dépression de l’amplitude de celle de 1929 ou même pire.  Mais selon M. Athanassakos, la déroute financière actuelle sera vue dans le futur par les spécialistes comme une panique similaire à celle de 1907 mais pas à une grande dépression comme celle de 1929.

Bien que la grande dépression ait aussi commencé dans l’affolement, elle faisait suite à une euphorie spéculative qui a entraîné les marchés d’octobre 1929 à juin 1932 à perdre 83% de leur valeur.  La baisse précipitée des actions, de l’immobilier et des obligations asséchèrent les capitaux disponibles des institutions financières.  Celles-ci furent obligées de vendre de leurs actifs afin d’augmenter leurs liquidités à court terme, mettant encore plus de pression sur les bourses qui baissèrent davantage.  Résultat : sur les 25,000 banques aux Etats-Unis, 11,000 avaient fait faillite en 1933.  La baisse de la demande généralisée a amené 25 à 30% de la force de travail à la rue.  La panique généralisée s’est vite transformée en dépression suite aux erreurs coordonnées des politiciens et des banques centrales.

Le secrétaire d’état de l’époque Andre Mellon n’a rien fait et le président américain Herbert Hoover a laissé l’économie de marché se purger d’elle-même.  Ajoutez à cette inaction l’erreur de laFed qui monta les taux d’intérêts au lieu de les baisser. De plus,  les pays  augmentèrent leurs tarifs douaniers et limitèrent les cotas à l’importation, ce qui fit que le volume d’échange mondial plongea de moitié.

Est-ce que ce scénario est en train de se reproduire?  Selon M. Athanassakos, bien que nous vivions une panique généralisée, l’intervention coordonnée des gouvernements mondiaux et des banques centrales, préviendra l’anéantissement des bases financières.

 

Les gouvernements ont pris en main la situation en acceptant d’injecter massivement de l’argent dans leurs systèmes bancaires et en garantissant des prêts importants.  Ces interventions coordonnées aux baisses d’intérêts des banques centrales mondiales ainsi que le maintien du libre échange feront que cette panique ne se transformera  pas en grande dépression de même que la crise de 1907  ne se transforma pas non plus en dépression.

 

La panique de mars 1907 avait décimé 2 milliards du marché boursier.  La déroute avait été endiguée par l’intervention de l’état qui avait investi massivement dans les banques aux États-Unis, mais cette intervention n’avait pas suffi, les bourses continuèrent leur descente avec pour résultat que les municipalités et les compagnies publiques ne pouvaient plus se financer sur le marché domestique.  J.P. Morgan fut le catalyseur qui empêcha la crise de se transformer en effondrement.  Il invita chez lui 50 banquiers à sa maison de la Fifth Avenue à New-York et les enferma dans sa résidence jusqu’à ce qu’ils soient d’accord pour fournir les liquidités nécessaires au système financier.  Les bonnes banques furent supportées et les mauvaises furent abandonnées.  L’année suivante, en 1908, le marché s’apprécia de 45%.

 

Les Etats-Unis et le monde sont stupéfaits par la rapidité et l’amplitude de la panique actuelle, comme l’étaient ceux de 1907.  Mais tant qu’il y aura des actions coordonnées mondiales pour sauver les banques et assurer la liquidité dans les marchés, la panique de 2008 ne restera qu’une panique.   – George Athanassakos